Eolien offshore : la France trouvera sa voie par l’innovation

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Quelle place aura la France dans dix ans dans la filière européenne de l’éolien offshore ? Alors que le lancement d’un ambitieux appel d’offres se fait toujours attendre, le pays dispose de tous les ingrédients pour décoller et rattraper les leaders à moyen terme, estime le cabinet PwC. Mais attention : la cause est perdue d’avance si Paris ne présente pas plus de visibilité aux acteurs et ne lance pas rapidement son appel d’offres. Deux éléments permettront au pays de se faire une place dans ce secteur : le temps et l’innovation.

Alors que l’Allemagne s’est appuyée sur son industrie éolienne onshore pour construire son secteur offshore, et que le Royaume-Uni se sert de son gigantesque marché domestique comme levier, la France a besoin de trouver son propre modèle de développement, note PwC dans son étude « L’éolien offshore, vers une troisième voie française ?  »

Un développement en deux temps

Projets offshore en France (PwC, GreenUnivers, Le journal de l'éolien)

Cinq grands secteurs sont concernés par la naissance d’une filière dédiée : la construction navale, l’aéronautique, la métallurgie, le génie électrique et, indirectement, le BTP. Dans un premier temps, les acteurs français se positionneront à trois niveaux de la chaîne de valeur : la fabrication d’éléments peu complexes, comme les mâts ou les fondations, les opérations d’assemblage à quai et enfin la maintenance des éoliennes.

« D’ici 4 à 5 ans, ils pourront s’investir dans la fabrication d’éléments à plus forte valeur ajoutée comme les pales ou les navires d’installation des éoliennes », précise Alexis Chauffert-Yvart, consultant senior du pôle Strategy de PwC. Des segments sur lesquels sont principalement positionnés l’Allemagne (Siemens) ou le Danemark (Vestas, A2Sea).

La France rattrapera son retard par l’innovation

Ce développement en deux temps doit s’accompagner d’une politique forte en matière d’innovation. Une nécessité pour rattraper un retard technologique, mais aussi pour partir à l’export à moyen terme. « Des sauts technologiques devraient intervenir d’ici 2015 avec, par exemple, l’émergence d’éoliennes offshore dépourvues de multiplicateur ou de boîte de vitesse », souligne Alexis Chauffert-Yvart. Le développement des éoliennes flottantes pourrait donner un avantage compétitif à la France, dont les eaux, méditerranéennes notamment, sont très vites profondes et donc plus adaptées à ce type de turbines.

Ports et  clusters sont à la fête

Aujourd’hui, la France n’a pas la maîtrise de la fabrication d’une éolienne offshore, indique clairement PwC. Mais tant sur le plan géographique – la France dispose du 2e potentiel éolien d’Europe – que sur le plan économique, de nombreux points sont prometteurs.

A côté d’un savoir-faire industriel aujourd’hui capable de couvrir à 100% la chaîne de valeur, les infrastructures portuaires sont prêtes : Le Havre, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, Bordeaux figurent aux avant-postes. Le Tréport, Dieppe, Fécamp, Cherbourg et Saint-Malo joueraient les seconds rôles. Et plusieurs clusters et pôles de compétitivité se structurent : Le Havre Développement, Bretagne Pôle naval, Néopolia, Ecoparc de Blanquefort. Ces derniers pourraient s’appuyer sur des pôles économiques établis dans l’éolien terrestre (Net-Wind, Pôle éolien lorrain, S2E2, Wind4future, Capenergies).

Partir maintenant…

Pendant qu’Areva (avec l’allemand Multibrid) et Alstom (avec l’espagnol Ecotecnia) tentent de prendre pied sur le marché par croissance externe, des industriels européens prennent des petites positions dans l’Hexagone. L’allemand Enercon va installer sa première usine de mâts dans l’Oise et le danois Vestas a établi à Dunkerque une base de pré-assemblage d’éoliennes. Et les allemands Siag et Repower pourraient implanter une usine commune de mâts offshore en France.

Mais le plus impressionnant reste la liste des sociétés françaises capables d’apporter une activité de sous-traitance et/où de fourniture d’équipements connexes (câbles, équipements électriques, plateforme offshore, etc.). Les développeurs et exploitants de projets répondent également présents (voir illustration ci-dessous).

A moyen terme, la saturation des espaces terrestres disponibles pour l’éolien devrait inéluctablement tirer le marché offshore. Un rééquilibrage prévu en Europe durant la décennie 2020-2030. Il reste donc à la France 5 à 10 ans pour prendre sa chance.

Filière industrielle hypothétique en France (PwC)