Energies propres : l’UE attirera des investissements massifs, pas la France !

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Le vénérable Pew Institute a calculé que le secteur européen de l’énergie propre attirerait 592 à 705 milliards de dollars d’investissements privés d’ici 2020… mais avec un cancre : la France, handicapée par sa politique « incohérente », sa bureaucratie « omniprésente » et son système électrique hyper-centralisé.

Un système à réformer d’urgence, selon le Pew, pour qui, sinon, aucune politique publique française n’aura le moindre effet.

L’étude du Pew serait certainement encore plus sévère pour la France si elle avait inclus la toute récente décision de geler les aides au solaire pour les 3 à 4 prochains mois !

Injecter le PIB britannique

Au niveau mondial, selon l’étude, les investissements privés dans les secteurs de l’éolien, du solaire, de la biomasse/des déchets, des petites centrales hydroélectriques, de la géothermie et de la mer, atteindront jusqu’à 2.300 milliards de dollars.

Ce qui équivaut à injecter la totalité du PIB du Royaume-Uni dans l’économie mondiale. Et signifierait au sein du G20, la mise en place de 1.180 gigawatts d’énergies propres, soit près de quatre fois les installations d’énergies renouvelables actuelles.

L’étude, fondée sur des données de Bloomberg New Energy Finance, distingue trois scénarios, selon le degré de volontarisme des politiques publiques, « la » condition pour que le  privé suive : la poursuite de la tendance actuelle, scénario le moins dynamique; l’application des engagements de  Copenhague, un rythme plus soutenu; le renforcement des politiques en faveur des énergies propres, le cas de figure le plus actif.

Car tout dépend de l’action  publique, estime le Pew : « Les pays qui souhaitent maximiser les investissements privés, stimuler la création d’emplois, dynamiser la production et saisir les opportunités d’exportation devraient renforcer leurs politiques en matière d’énergie propre, » a déclaré Phyllis Cuttino, directrice du programme Climat et Énergie du Pew.

L’UE bien placée

Par an, dans l’ensemble des pays du G20, les investissements grimperont jusqu’à 337 milliards de dollars en 2020 (+161% par rapport à 2010).

Au sein du G20, l’Asie sera en tête : la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud devraient représenter ensemble environ 40% des investissements privés dans les énergies propre en 2020. La Chine attirera, à elle seule, jusqu’à 620 milliards de dollars, l’Inde 169 milliards, au 4ème rang mondial grâce à son action volontaire. Elle n’était que 10ème en 2009.

Les États-Unis, s’ils adoptent une politique rigoureuse en matière d’énergie, attireront 342 milliards de dollars sur 10 ans, mais seulement 245 milliards sur la tendance actuelle. Par an, dans le scénario élevé, le montant s’élèverait à 53 milliards en 2020 (+237% sur 2010).

Bien moins en tout cas que l’Union européenne qui, dans le scénario le meilleur, attirera 705 milliards de dollars d’investissement privés dans ce secteur, avec 85 milliards par an en 2020.

L’éolien, 1er secteur

L’ajout de capacités de production d’énergies renouvelables pourrait dépasser 177 gigawatts par an d’ici 2020, avec sur 10 ans 1.180 gigawatts dans le monde, ce qui équivaudrait à multiplier par quatre les capacités de production d’énergie propre actuelles.

L’énergie éolienne devrait être le principal bénéficiaire des financements, avec environ 50% du total, atteignant 190 milliards de dollars annuels en 2010 (+222 % sur 2010). Un secteur tiré par la Chine, qui y misera la moitié de ses investissements. Mais l’éolien représente aussi plus de 60% des investissements en Allemagne, France, Canada, Etats-Unis et Grande-Bretagne.

Le solaire, n°2, est moins actif puisque, selon le scénario, les investissements annuels resteront stables ou croîtront de 53 % sur 2010. Puis, dans l’ordre, la biomasse, la géothermie, les déchets et les petites centrales hydroélectriques.

Depuis 5 ans, souligne le Pew, tout est lié aux politiques publiques : là où des politiques de soutien au développement des énergies propres sont adoptées, les investissements privés suivent, ainsi que les créations d’emplois.

La France à la traîne

Les autres États membres de l’UE ont représenté 14 milliards de dollars d’investissements dans des projets d’énergie propre en 2010 et pourraient attirer 32 milliards de dollars par an d’ici 2020 dans le cadre du scénario haut.

Dans l’UE, tous les pays ne seront pas pareillement gagnants : en tête, l’Allemagne (208 milliards de dollars sur la prochaine décennie), suivie du Royaume-Uni (134 milliards) et de l’Italie (90 milliards de dollars), surtout dans le solaire.

En en 4ème position seulement, loin derrière l’Italie, la France avec 57 milliards de dollars sur 10 ans. Ce qui permettrait l’installation de 29 GW de capacité de production d’énergies renouvelables, qui seront essentiellement des parcs éoliens.

Pourquoi ? D’abord à cause de la prépondérance de l’énergie nucléaire, qui laisse moins de place à la croissance des énergies renouvelables. « En conséquence, même dans le cadre du scénario de politiques renforcées, l’investissement privé dans les énergies propres en France devrait augmenter d’à peine 50 %. Dans le cadre des politiques actuelles et de Copenhague, l’investissement dans les énergies propres en France devrait rester stable au cours de la décennie à venir », selon l’étude.

« Toute capacité d’énergie nucléaire qui ferme sera probablement remplacée par davantage de nucléaire; certains moyens de production de charbon devront être remplacés dans les dix prochaines années, laissant quelques possibilités de croissance aux énergies renouvelables. Sur les 6,3 milliards de dollars d’investissements annuels dans les énergies renouvelables en France en 2020 (scénario haut), 5 milliards de dollars seront consacrés à l’éolien », note l’étude.

Quelques atouts, beaucoup de handicaps

Selon le Pew, la France a obtenu 1,8 milliards de dollars d’investissements dans les énergies propres en 2009, avec un taux de croissance moyen de 98 % dans ce domaine sur les cinq dernières années. Elle a installé 3,4 GW d’éolien et a un fort potentiel photovoltaïque. Le gouvernement vise 10 % d’électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici fin 2010, adhère au marché du carbone de l’UE et s’est engagé à Copenhague à réduire ses émissions jusqu’à 30 % par rapport à 1990.

Mais elle souffre de trois défauts : des politiques « incohérentes » avec des règles qui changent sans cesse, une bureaucratie omniprésente et des contraintes administratives, et enfin un système électrique trop centralisé.

« La France n’a pas avancé aussi rapidement qu’elle aurait pu sur le plan des énergies renouvelables, notamment en raison d’incohérences des politiques. Ses aides aux installations PV intégrées sont parmi les plus élevés d’Europe, par exemple, mais des modifications fréquentes du cadre législatif et une bureaucratie omniprésente créent des obstacles majeurs à la croissance industrielle ».

Haut potentiel

« La levée de ces obstacles permettrait non seulement de construire de nouvelles capacités d’énergies renouvelables, mais pourrait également amener la création d’un centre de développement technologique en France pouvant attirer une attention internationale considérable en termes de capital-risque. Le développement éolien souffre d’un excès de contraintes administratives.

« La France pourrait également remettre en question son système électrique centralisé qui a rendu difficile l’ajout de nouvelles capacités d’énergie propre par des acteurs indépendants. Électricité de France (EDF) est chargée de connecter les projets au réseau et les retards politiques font régulièrement attendre les porteurs et les développeurs de projets. Aujourd’hui, ce sont déjà plusieurs gigawatts de projets PV qui attendent l’approbation de leur connexion. Pour accroître rapidement ses capacités, la France doit remettre en question son système centralisé de l’énergie ou développer de nouveaux processus d’interconnexion ».

« À moins que ces difficultés ne soient levées, tous les droits de douane et toutes les incitations du gouvernement en faveur des énergies renouvelables ne serviront à rien », conclut le Pew.