Bolloré remporte Autolib’… et devra trouver la rentabilité

Print Friendly, PDF & Email

(Article actualisé le 17 décembre avec le commentaire de Vincent Bolloré)

C’est fait ! Annoncé dès novembre dernier comme le favori pour Autolib’, Bolloré, avec sa BlueCar, met effectivement la main sur le futur service de véhicules électriques en autopartage de Paris et de l’Ile-de-France, prévu pour être opérationnel en octobre 2011. Quatre candidats étaient initialement en course, dont le groupement VTLIB’ (Veolia Transport) et un consortium composé de quatre partenaires (Vinci Park, SNCF, RATP et Avis). Bolloré va gérer l’ensemble du dispositif, des voitures au service informatique, pendant une période de 12 ans.

C’est un beau succès pour Bolloré, qui a investi environ un milliard d’euros en dix ans dans le véhicule électrique (voiture, batterie…). Pour Autolib’, il met encore la main au porte-monnaie avec un investissement de 60 millions d’euros au capital de la future société d’exploitation. Une somme qui sera complétée : « pour nous Autolib’, c’est au moins une centaine de millions d’euros », a indiqué Vincent Bolloré, le 17 décembre, lors d’une conférence de presse. « L’affaire doit être rentable au bout de 3 à 4 ans », assure Annick Lepetit, présidente du syndicat mixte Autolib’. De son côté, Bolloré est plus prudent, estimant qu’Autolib’ devrait mettre sept ans à atteindre l’équilibre. Le pari est en tout cas audacieux et risqué.

Une rentabilité loin d’être évidente

Pour preuve, le service de La Rochelle, exploité depuis quatre ans par Veolia Transport, n’est pas encore à l’équilibre. La ville a été pionnière en France il y a plus de 10 ans dans la mise en place de l’autopartage. Elle vient de commander 30 Mia électriques d’Heuliez et 20 C-Zero de Citroën pour remplacer les Peugeot 106 et les Citroën Saxo électriques qui ont fait la notoriété de son service (ex-Liselec), devenu aujourd’hui Yélomobile intégrant vélos, bus et transport en bateau électrique.

Ouverture du service dans moins d’un an !

Le pari de la rentabilité est d’autant moins évident à Paris qu’Autolib’ voit grand avec 3.000 BlueCar – minimum – prévues sur les routes et le déploiement d’ici à mars 2012 de 1.000 à 1.200 stations de recharge, dont 700 à Paris. Quatre millions d’habitants sont potentiellement concernés, et 41 communes proches de la capitale sont à ce jour engagées dans le projet. Les premiers travaux commenceront en avril prochain, avec une phase d’expérimentation entre août et septembre, juste avant le lancement commercial en octobre 2011.

L’investissement d’Autolib’ est estimé autour de 200 millions d’euros, les coûts de fonctionnement à 80 millions par an et les recettes commerciales à 95 millions. Bolloré apporte un engagement en capital de 60 millions d’euros et des garanties financières auprès du syndicat mixte d’Autolib, notamment sur la livraison de voitures et des stations, à hauteur de 20 millions d’euros. D’après le montage financier, Bolloré s’engage également à couvrir des pertes potentielles à hauteur de son investissement en capital.

50 millions d’euros de subvention sur l’infrastructure de recharge

Une subvention de 50.000 euros sera versée à Bolloré pour chaque station installée sur le territoire et mise en service. Soit un minimum de 50 millions d’euros financés par les pouvoirs publics pour déployer l’infrastructure de recharge. Le nom du fournisseur de bornes n’est pas précisé à ce jour.

Prévu initialement entre 15 et 20 €, l’abonnement annuel est fixé à 12 € par mois pour l’usager. Ensuite, le tarif d’utilisation est de 5 € la première demie-heure, puis 4 € la deuxième. A partir de la troisième, la prix passe à 6 € par tranche de 30 minutes, forçant les usagers à privilégier des déplacement de court durée. Des abonnements hebdomadaire (15 €) et journalier (10 €) seront également mis à disposition, avec des tarifs d’usage de 7, 6 et 8 € suivant le schéma horaire précédent.

Bolloré fait du tout en un

Le groupe de Vincent Bolloré prendra en charge la location des voitures, la gestion des assurances, de l’entretien et du service client. Une équipe de 800 personnes sera sur le terrain pour gérer et accompagner l’ensemble du dispositif.

Un système complexe de franchise et de caution est également prévu, avec des montants annoncés entre 250 et 500 euros, suivant différents schémas d’utilisation.

La BlueCar de Bolloré offre une autonomie de 250 km, plutôt importante par rapport à ce qui se fait parmi la concurrence (entre 100 et 150 km), grâce à ses batteries Lithium Métal Polymère (LMP). Une technologie aussi déployée dans le minibus électrique du français Gruau, avec qui Bolloré est allié depuis 2008.

Les batteries seront produites en Bretagne avec BatScap, alors que la construction des véhicules est annoncée à Turin. Mais tout n’est pas encore scellé : le partenaire italien de Bolloré, le designer Pininfarina, a annoncé en novembre dernier qu’il allait exercer une clause lui permettant de vendre ses parts (50% du capital) dans leur société commune, entre mars 2011 et mars 2013. Un mystère entoure encore la stratégie industrielle de Bolloré, une fois que son partenaire italien aura plié bagage.

Veolia perd Paris, mais pourrait gagner Nice

Si Veolia Transport a perdu Paris, elle pourrait remporter le marché de Nice. L’agglomération doit désigner la semaine prochaine le futur gestionaire de son dispositif d’autopartage. Un réseau de 210 véhicules électriques et 70 stations, à déployer dès le 1er trimestre prochain. Suite à un appel d’offres, Nice Côte d’Azur avait ouvert 6 dossiers de candidature en septembre dernier. Depuis, la collectivité est entrée en discussion exclusive avec le groupe Venap, regroupant Veolia Transport et EDF. Les bornes prévues sont de fabrication Hager-Technolia, et les voitures annoncés sont la Mia d’Heuliez, les modèles électriques de Peugeot ou encore de Venturi.