[Exclusif] 3,6 Milliards d’euros de deals dans les cleantech au 3e trimestre 2010

Print Friendly, PDF & Email
Baromètre GreenUnivers – La Tribune
logo-greenunivers-224x50

Le baromètre exclusif GreenUnivers/La Tribune recense 68 levées de fonds et fusions-acquisitions majeures dans les cleantech dans le monde au troisième trimestre 2010 pour un montant global de 3,6 Milliards d’euros. En valeur, la période estivale marque le pas avec une baisse de 26% après un 2e trimestre exceptionnel (4,9 Milliards d’euros). Mais il est néanmoins en forte hausse par rapport au 3ème trimestre de 2009 (2,5 Milliards d’euros)

A l’étranger, 41 opérations significatives ont été comptabilisées pour un montant total de 4,9 Milliards de dollars (3,5 Milliards d’euros). Le deal le plus important est l’introduction en Bourse du fabricant d’éoliennes chinois Goldwind pour 916 millions de dollars.

En France, 27 transactions ont été recensées pour un montant total de 140,6 millions d’euros (le montant de certaines fusions-acquisitions n’est pas connu). Le deal le plus important est l’augmentation de capital du producteur d’énergie éolienne Theolia pour 60,5 millions d’euros.

Côté secteurs, les énergies renouvelables dominent tant en France qu’à l’étranger, surtout l’éolien et le solaire.

Le classement international

Les 10 plus grosses levées de fonds et fusions-acquisitions à l’étranger au 3e trimestre 2010
Secteur Montant (Millions $)
Opération
1 Eolien 916 M Le fabricant d’éoliennes Goldwind, n°2 chinois, s’introduit à la Bourse de Hong Kong au plus haut de sa fourchette prévue.
2 Eolien 900 M Le groupe nucléaire américain rafle les parcs éoliens du géant des tracteurs John Deere, en tout 960 MW installés ou en projet.
3 Solaire 366 M Le chinois Solarfun Power, l’un des 10 premiers fabricants mondiaux de modules solaires, est racheté par le conglomérat sud-coréen Hanwha Chemical Corp.
4 Eolien 350 M Introduction en Bourse à New York du fabricant chinois d’éoliennes Ming Yang Wind Power, n°+5 chinois, mais à un prix moindre que prévu.
5 Eolien/Solaire 350 M La compagnie d’énergie américaine NRG Energy rachète le texan Green Mountain Energy, producteur d’énergies renouvelables variées vendues au détail, au niveau local.
6 Solaire 305 M Le fabricant japonais d’écrans plats et de panneaux solaires Sharp devient installateur photovoltaïque aux USA en rachetant de développeur de projets solaires Recurrent Energy et ses 2 GW de centrales en projet.
7 Solaire 300 M Le grands fonds américain Blackstone rachète une part minoritaire des projets solaires du géant indien Moser Baer, qui veut installer 500 MW de photovoltaïque en Inde dans les 5 ans.
8 Géothermie 271 M Le canadien Magma  Energy obtient enfin le feu vert islandais pour boucler le rachat du groupe de géothermie HS Orka, qu’il a progressivement acquis au fil des mois. Et ce malgré l’opposition menée par la chanteuse Bjork.
9 Smartgrid 167 M Le vénérable groupe allemand de compteurs Elster, n°3 mondial, entre en Bourse à Wall Street mais à un prix inférieur de 30% à ses espérances.
10 Eolien offshore 141 M L’allemand Siemens, n°1 mondial des éoliennes offshore, rachète au danois Dong Energy 49% de sa filiale de navires-installateurs pour éoliennes, le groupe danois A2SEA.

Le classement France

Les 5 plus grosses levées de fonds et fusions-acquisitions françaises au 3e trimestre 2010
Secteur Montant (Millions €)
Opération
1 Eolien 60,5 M Le producteur d’énergie éolienne Theolia, coté sur NYSE Euronext à Paris, a bouclé une augmentation de capital auprès de ses actionnaires destinée à réduire son lourd endettement.
2 ENR (solaire, éolien, biomasse) 20 M Neoen, filiale dédiée aux énergies renouvelables de Direct Energie, lève des fonds auprès de deux de ses actionnaires, le groupe Louis Dreyfus et Crédit Agricole Private Equity.
3 Transports 10,3 M La société lyonnaise MCE-5 Development, conceptrice d’un moteur thermique économe en carburant, fait une nouvelle levée de fonds auprès de la holding Cimofin (Michel Mulliez) et de business angels.
4 Transports 8 M SynergEthic, une start-up des Yvelines conceptrice d’un véhicule électrique à 3 roues (le Tilter) accueille à son capital l’homme d’affaires turc Alphan Manas, via son fonds Brightwell.
5 Energies renouvelables 6,3 M La société landaise Europlasma fait une nouvelle levée de fonds auprès de ses actionnaires institutionnels – dont le Crédit Suisse – et particuliers pour développer une centrale produisant de l’énergie à partir de déchets.

Analyse

International : redémarrage des grandes introductions en Bourse

Hors de l’Hexagone, le 3ème trimestre 2010 a vu un redémarrage des très grandes entrées en Bourse de groupes des cleantech, avec en vedette le secteur éolien, toujours au cœur des plus grandes transactions, avec le solaire, cible de vastes fusions-acquisitions, surtout aux Etats-Unis.

L’autre tendance du trimestre est la poursuite d’une rafale de rachats dans le secteur du smartgrid et de la maîtrise de la consommation d’énergie, les grands groupes s’emparant de nombreuses start-up innovantes. A noter aussi un regain d’intérêt pour les biocarburants de 3ème génération.

Ainsi le mois de septembre a vu l’IPO impressionnante du n°2 chinois des turbines Goldwind à Hong Kong, qui a levé 916 millions de dollars, un succès de bon augure pour les nombreux autres groupes chinois d’énergies renouvelables qui comptent se coter en 2011. En revanche l’introduction à Wall Street d’un autre grand fabricant chinois de turbines, Ming Yang, a un peu déçu mais quand même récolté 350 millions. Et toujours dans l’éolien, deux rachats de développeurs américains montrent l’intérêt pour acquérir vite un portefeuille.

Toujours au chapitre des transactions géantes, le solaire a vu de grosses fusions-acquisitions aux Etats-Unis, où le japonais Sharp s’empare d’emblée d’un portefeuille de projets pour pouvoir écouler ses panneaux. L’Inde a vu le grands fonds américain Blackstone investir massivement dans ses projets solaires. Et en Europe, les plus grandes centrales du continent, en Italie, ont changé de mains, rachetées par des groupes américains.

La baisse des subventions aux installations solaires appliquées ces derniers mois en Europe (Italie, France, Allemagne et Espagne) n’a visiblement pas découragé les investisseurs car même réduites, les aides sont toujours alléchantes. Le marché européen du solaire reste en pleine expansion, poussant les fabricants asiatiques de panneaux à augmenter leur production à un rythme effréné.

L’éolien et le solaire ne peuvent que voir les transactions s’accélérer dans les mois qui viennent, tirées par la Chine qui prévoit d’investir 750 Milliards pour développer les énergies vertes, et par la Californie qui commence enfin à donner son feu vert à la construction de centrales solaires géantes dans le désert. Des projets proposés par des groupes américains comme BrightSource mais aussi des européens comme l’allemand Solar Millennium.

Le gouvernement américain accorde lui aussi des subventions massives : 2 Milliards de dollars pour une centrale solaire thermique projetée par l’espagnol Abengoa et une usine de panneaux à couches minces prévue par le groupe américain Abound Solar.

Plusieurs groupes européens restent leaders, comme l’’espagnol Iberdrola, premier producteur mondial d’énergie éolienne, qui remporte un jackpot au brésil en gagnant une bonne partie des appels d’offres éoliens lancés par le gouvernement.

Après les énergies renouvelables, le smartgrid en vedette

Le trimestre a aussi vu une hyperactivité dans le smartgrid et les systèmes d’économie d’énergie, où les nombreuses start-up se font racheter par de grands groupes ou réalisent de très grosses levées de fonds, comme celle de l’américain Trilliant (systèmes pour transmettre des données sans fil entre les réseaux et les compteurs intelligents).

Un centenaire comme le fabricant allemand de compteurs Elster a décidé de se coter en Bourse, à Wall Street, où il a réussi à lever 167 millions de dollars, une somme cependant plus faible qu’espéré.

Plusieurs groupes américains de smartgrid sans doute plus innovants entreront certainement en Bourse dans les prochains mois. Le marché des smartgrid en Europe va représenter 5 Milliards de dollars dans les 5 ans, selon les prédictions du cabinet américain NanoMarkets,

Le 3ème trimestre a aussi vu des belles réussites chez les producteurs de biocarburants de 3ème génération, comme Amyris (dont le français Total est actionnaire), qui a levé 85 millions de dollars en se cotant à Wall Street, même si son prix d’introduction était un peu plus bas que prévu, ou encore KiOr, start-up américaine qui a réalisé une impressionnante levée de fonds de 116 millions de dollars.

France : éolien et solaire se taillent la part du lion

En France, le trimestre est caractérisé par une baisse des fusions-acquisitions qui, au 2ème trimestre, avaient été particulièrement importantes tant en volume qu’en valeur. La période estivale a aussi freiné les négociations de certaines opérations qui ne seront finalisées qu’au dernier trimestre.

Une nouvelle fois, les énergies renouvelables se taillent la part du lion, avec la plus grosse opération du trimestre, l’augmentation de capital du producteur d’énergie éolienne Theolia pour 60,5 millions d’euros. Une opération défensive puisque l’entreprise, lourdement endettée, a été contrainte à une sévère restructuration financière en parallèle à la cession de plusieurs actifs. Pour se renflouer, elle a proposé des actions nouvelles au prix bradé de 1 euro pièce.

A la deuxième place, c’est au contraire une jeune entreprise en pleine croissance, Neoen, la filiale dédiée aux énergies renouvelables de Direct Energie, qui a levé 20 millions d’euros auprès d’une partie de ses actionnaires pour financer la construction de ses centrales – dont une centrale solaire de 91 MW prévue dans la Meuse – et développer de nouveaux projets, notamment dans l’éolien offshore.

Le solaire est également bien représenté, malgré la nouvelle baisse du tarif d’achat au 1er septembre, la diminution du crédit d’impôt pour les particuliers et les incertitudes sur l’évolution du cadré réglementaire. Plusieurs installateurs ont levé des fonds, comme JIT Solaire (3 millions) ou Soleil en Tête (1,5 million). En amont, si la filière industrielle tricolore est encore marginale, elle attire néanmoins les investisseurs : Semco Engineering, une société de l’Herault qui développe des lignes de production intégrées destinées à la production de cellules solaires, a récolté 4,5 millions d’euros, Solsia, qui veut produire des cellules à couches minces à haut rendement, a glané 1,8 million d’euros.

Et les grands industriels s’intéressent au secteur, à l’image de Rhodia : le chimiste a pris une participation dans la start-up britannique Eight19, spécialiste du solaire organique (pour un montant non dévoilé).

Le secteur des transports est aussi très actif. La start-up SynergEthic, qui a conçu un véhicule urbain électrique, passe dans le giron du fonds Brightwell de l’homme d’affaires turc Alphan Manas, qui va l’aider à passer le cap de l’industrialisation et la société lyonnaise MCE-5 Development, conceptrice d’un moteur thermique économe en carburant, a bouclé un nouveau tour de table de plus de 10 millions d’euros.

Enfin le bâtiment vert est porté par la réglementation (RT 2012…) avec plusieurs levées de fonds, notamment pour des constructeurs de logements en bois (Vilmor EnR…) alors que le marché du recyclage poursuit sa consolidation : le groupe indépendant Paprec signe deux acquisitions ce trimestre (pour des montants non dévoilés), dont son premier achat à l’étranger.

Une fin d’année trépidante

Le 4e trimestre s’annonce trépidant, avec la future cotation de la branche verte du géant italien Enel, qui pourrait atteindre 4 Milliards d’euros, les appels d’offres comme celui du Maroc pour de grands projets solaires et le lancement des premières voitures électriques de série.

Les mois qui viennent vont aussi voir fleurir les parcs éoliens offshore européens : pas moins de 16 fermes sont en construction en Belgique, Danemark, Allemagne et Royaume-Uni pour une puissance totale cumulée de près de 4 GW. D’où les gros contrats pour le raccordement de parcs offshore engrangés durant le trimestre par ABB et Siemens.

Et en France, le gouvernement doit lancer dans quelques jours l’appel d’offres pour installer 3 GW au large des côtes, soit 50% des 6 GW visés en 2020 par le Grenelle de l’environnement. Une première tranche qui représente un investissement global de près de 10 Milliards d’euros, selon les calculs du ministère de l’Ecologie, et pour laquelle de nombreux développeurs ont déjà des projets dans les cartons.

Cette tendance est largement soutenue par les grands fonds américains, qui ont réussi à boucler des financements comme Draper Fisher Jurvetson (DFJ), qui a collecté 350 millions de dollars, ou Vantage Point qui veut investir 1 milliard dans les cleantech en Chine. Et en France, les fonds d’investissement sont aussi actifs : outre les spécialistes, les fonds généralistes comme A Plus Finance ou Amundi Private Equity ont multiplié les investissements dans les cleantech ces derniers mois et comptent bien continuer.

GreenUnivers.com