Pirates du smartgrid : Ouf, la CNIL est là !

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Les hackers du smartgrid n’auront qu’à bien se tenir, la CNIL a déjà un oeil sur eux ! Le développement des réseaux électriques intelligents, le smartgrid, soulève de nombreuses questions sur le respect de la vie privée et la protection des données personnelles. Pour éviter la piraterie des informations énergétiques collectées à l’avenir par les gestionnaires de réseaux, via les compteurs intelligents, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés suit avec attention le développement du secteur, et émet des mises en garde.

Les premiers compteurs électriques intelligents sont actuellement testés en France, et leur nombre pourrait potentiellement atteindre 35 millions à l’horizon 2020, si ERDF (filiale d’EDF) mène à bien ses projets avec son compteur Linky (4 milliards d’euros d’investissement estimé). Idem du côté du gaz, GrDF (filiale de GDF Suez) vient de lancer ses premières expérimentations de compteurs communicants sur quatre territoires. GrDF possède un portefeuille de 11 millions de clients en France, soit autant de consommateurs concernés. Pour autant, les conditions d’installation des compteurs intelligents en France ne sont pas encore définies.

La CNIL travaille avec la CRE

Face à de telles perspectives de développement, la CNIL veut s’assurer que les informations sur la consommation énergétique des usagers seront traitées dans le respect de la loi Informatique et Libertés. Elle participe ainsi à un groupe de travail en charge des compteurs intelligents au sein de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE).

Des mouchards énergétiques dans votre maison…

Les compteurs intelligents seront à l’avenir de véritables « mouchards » énergétiques, qui permettront de déduire des informations très personnelles sur les habitudes des usagers. Les consommations d’énergie seront transmises régulièrement, toutes les 10 à 30 minutes, au gestionnaire du réseau (ERDF pour l’électricité), estime ainsi la CNIL. Ce gestionnaire les transmettra ensuite aux producteurs et aux distributeurs d’énergie.

La CNIL souligne que « les informations de consommation d’énergie transmises par les compteurs sont très détaillées et permettent de savoir beaucoup de choses sur les occupants d’une habitation, comme leur horaire de réveil, le moment où ils prennent une douche ou bien quand ils utilisent certains appareils (four, bouilloire, toaster…). »

…capables de prendre les commandes !

Les compteurs communicants pourront également agir directement sur l’installation énergétique, via une interface web et les réseaux de communication parallèles aux réseaux énergétiques. Pour modifier la puissance de l’abonnement ou arrêter l’alimentation électrique à distance, par exemple.

Dans ces conditions insiste la CNIL, les distributeurs d’énergie devront apporter des garanties sérieuses sur la sécurisation des données énergétiques et leur confidentialité. Et les réseaux de communication à distance et de prise de contrôle devront être parfaitement sécurisées pour éviter toute utilisation frauduleuse.

Les compteurs intelligents, une tendance inéluctable

En Europe, la tendance sera également la même qu’en France, les compteurs communicants devraient remplacer peu à peu les anciens systèmes. Les compteurs électriques intelligents pourraient atteindre 133 à 145 millions d’unités à cette date, contre moins de 53 millions aujourd’hui, selon les travaux du cabinet britannique Greenbang. A l’échelle du continent, ce marché des « smartmeters » est ainsi estimé à 25 milliards d’euros. L’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne seront les moteurs de cette croissance, estime Greenbang.

En matière de compteurs de gaz intelligents (smart gaz meters), leur nombre pourrait passer de 8,5 millions, au niveau mondial, à 36,3 millions en 2016, estime le cabinet américain PikeResearch. L’Europe sera la premier acteur de cette tendance, avec 13,5 millions d’unités installées à cet horizon, devant les Etats-Unis (12,2 millions d’unités).