Legrand : « Nous voulons devenir leader de l’électricité intelligente dans le bâtiment »

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Déjà parmi les leaders sur le marché des équipements électriques dans le bâtiment, à côté de Schneider Electric ou de l’allemand Hager entre autres, Legrand (3,5 milliards d’euros de CA, 30 000 salariés) veut également s’imposer sur les nouveaux segments ouverts par la révolution énergétique : les systèmes électriques dans le photovoltaïque, où il ambitionne de prendre plus de 50% du marché en France, les infrastructures de recharge des voitures électriques ou encore l’efficacité énergétique. Le groupe veut se positionner comme un acteur de référence, nous explique Xavier de Froment, directeur de Legrand France.

GreenUnivers : Quelle est la vision de Legrand sur la tendance actuelle vers toujours plus d’efficacité énergétique ?

C’est l’homme qui dirige le bâtiment et non l’inverse, donc il faut rendre l’utilisateur acteur de l’efficacité énergétique, parallèlement aux innovations techniques. Il faut lui offrir un affichage de ses consommations électriques, totales et selon les usages par exemple. Il y a une vraie demande du marché. Nous enregistrons depuis 2002 une croissance pérenne de notre chiffre d’affaires – autour de 64% – sur les produits favorisant les économies d’énergies. Aujourd’hui, au sens très strict du terme, les éco-produits représentent 7% de notre chiffre d’affaires, et cette part ne peut que progresser. Dans le bâtiment, il y a des marchés considérables de rénovation des installations électriques pour les rendre plus efficaces. Si autrefois une installation était changée pour des raisons de conformité, demain elle sera remplacée dans une logique d’efficacité. C’est un accélérateur de croissance.

GU: Quand avez-vous amorcé cette réflexion sur ces changements structurels ?

Nous avons pris en compte les questions d’efficacité énergétique très tôt sur un certain nombre d’applications. Dans le contrôle d’éclairage par exemple : c’est l’une des raisons de l’acquisition, dès 1996, par Legrand de The Watt Stopper, le leader américain du contrôle d’éclairage à forte efficacité énergétique, ou de l’italien Bticino en 1989, leader dans les appareillages électriques.

GU : Sur le marché du photovoltaïque, où Legrand lance une offre globale (système électrique, onduleur, coffret de protection), le groupe est plutôt en retard par rapport au marché ?

On se positionne sur l’équipement photovoltaïque en aval du panneau. C’est un marché qui démarre, le groupe a été plutôt attentif jusqu’à présent. Legrand proposait des produits séparés, que les installateurs utilisaient ensuite à la carte. Nous avons donc packagé une offre intégrée, très liée à la sécurité des installations. Le photovoltaïque est un secteur très important pour nous. La partie électrique du panneau fait partie de notre coeur de métier. Notre ambition, c’est de devenir un leader en France sur ce segment, avec plus de 50% des installations photovoltaïques équipées de nos produits.

GU : Legrand s’est associé notamment avec Schneider Electric au sein de l’EV Plug Alliance, pour promouvoir un même standard dans les infrastructures de connexion pour le rechargement des voitures électriques. Quelle est votre stratégie sur ce marché ?

Comme spécialiste de l’infrastructure du bâtiment, Legrand se sent complètement concerné par ce marché. Nous croyons beaucoup au développement du véhicule électrique, à condition qu’il soit rechargé de façon intelligente, c’est à dire hors des périodes de pointe, notamment la nuit dans les maisons. A côté des standards et de l’EV Plug Alliance, il y a aussi le système de comptage, la solution d’intelligence, l’affichage des consommations d’énergie et de la charge de la voiture. La question des normes sur les prises de branchement n’est donc pas l’élément déterminant. Il faut se poser, par exemple, la question de la recharge électrique des véhicules dans des parties communes ou dans un parking collectif, en termes de répartitions des charges. C’est toute cette problématique qui n’est pas encore résolue, mais c’est de la R&D.

GU : Observe-t-on une mutation profonde dans la façon de concevoir les installations électriques ?

La maison de demain présentera un câblage plus évolué qu’aujourd’hui. Au delà de la logique d’alimentation électrique des équipements d’un bâtiment, vient se greffer la nécessité de les rendre de plus en plus communicants. Certains aspects réglementaires (Réglementation Thermique 2012) et les enjeux sociétaux (environnement, efficacité énergétique, télétravail, soins à domicile, etc.) imposent de faire communiquer les équipements dans une logique d’optimisation et de pilotage, local ou à distance.

Les infrastructures d’alimentation électrique et celles pour les échanges de données numériques seront donc de plus en plus liées. C’est une évolution majeure pour les installations, et pour le métier d’électricien. La convergence de ces infrastructures électriques et numériques, baptisé le « new cabling » chez Legrand, est une opportunité pour nous qui avons pris ce virage depuis plus de 15 ans en proposant des solutions de câblage structuré VDI (voix, données, images).

Propos recueillis par Alexandre Simonnet