Deals du 12 au 19 juillet 2010: intéressantes levées de fonds en France

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En France, une série de belles levées de fonds cette semaine dans les cleantech: dans l’éolien offshore (Nenuphar), les étiquettes carbone (Greenext), tandis que Theolia boucle son augmentation de capital et trouve un répit à ses soucis financiers et que Nexcis obtient le soutien des pouvoirs publics pour un projet collaboratif dans les cellules solaires à couches minces. Dans l’éolien terrestre Windeo n’obtient pas ce qu’il espérait, mais GDF Suez inaugure son plus grand parc en France. Mais les entreprises s’inquiètent de la baisse des aides au solaire: pour preuve, Tendances Eco Group a renoncé à son entrée en Bourse par offre publique, 8 jours après l’avoir lancée.

A l’international, c’est la semaine des grandes ambitions: une grosse levée de fonds dans le smartgrid (Trilliant) aux Etats-Unis, où Las Vegas choisit pour mesurer sa consommation électrique une start-up qui monte (Hara). En Italie Enel inaugure en Sicile une centrale solaire thermique, , le chinois Yingli décroche un gigantesque prêt bancaire, l’allemand RWE déclare son ambition dans les bornes de recharge à l’international et le constructeur de voitures électriques Tesla se prend  pour Apple en embauchant le concepteur des Apple Stores pour lui édifier des Tesla Stores.

Voici le détail des deals de la semaine: ...

Eolien

Nenuphar et son éolienne offshore flottante lèvent 3 millions € : par sa technologie originale d’éolienne flottante, la start-up lilloise Nenuphar veut résoudre deux des pire casse-têtes de l’éolien offshore: l’installation d’éoliennes en mer en grande profondeur (plus de 40-50 mètres), là où les mâts ne peuvent pas être plantées dans le sol, ainsi que la réduction des coûts, enjeu majeur des parcs éoliens offshore. Ce pari est suivi par le fonds d’investissement IdInvest Partners (anciennement AGF Private Equity) qui vient d’injecter 3 millions d’euros dans la société. Suite à cet investissement, les deux fondateurs, Charles Smadja et Frédéric Silvert, deux anciens d’Alstom, restent les actionnaires de référence de la société. « Les 3 millions d’euros collectés serviront à soutenir le développement du démonstrateur à l’échelle 1 que la société souhaite installer à terre en 2011, dans un premier temps. En 2012, l’éolienne et son flotteur seront installés en mer » indique Charles Smadja.

Parc éolien des Hauts-Pays : plus grande ferme de GDF Suez en France, et de REpower en Europe : Il fait désormais partie des plus grands parcs éoliens terrestre de France en activité et c’est aussi le plus grand en service pour le groupe GDF Suez: le parc éolien des Hauts-Pays a été inauguré aujourd’hui à Epizon en Haute-Marne par Erelia, filiale du groupe français. Equipée de 39 éoliennes de l’allemand REpower, cette ferme de 78 MW est également la plus grande installée par ce fabricant en Europe. L’investissement total de ce parc représente 155 millions d’euros, a précisé GDF Suez à GreenUnivers. Situé en Champagne Ardenne, l’une des régions les plus dynamiques de France dans l’éolien, le parc se classe au 3e rang national en puissance installée, derrière les parcs de Fruges dans le Pas-de-Calais (140 MW par Ostwind International) et celui de la Salles Curan en Aveyron (87 MW par EDF Energies Nouvelles). Avec ce parc, le groupe GDF Suez – et ses multiples filiales spécialisées dans l’éolien: Erelia, la Compagnie du Vent, Eole Generation, GREAT-Alizé Energie, Maïa Eolis, CN’Air – confirme sa position de leader dans le développement de fermes éoliennes françaises.

Theolia sauvé, pour l’instant : Theolia, l’exploitant de parcs éoliens lourdement endetté et déficitaire, vient de réussir à boucler de justesse son augmentation de capital de 60,5 millions d’euros, ce qui va lui donner une indispensable bouffée d’oxygène. Reste encore pour le groupe, englué dans 400 millions d’euros de dettes, à devenir rentable. Cette levée de fonds de la dernière chance a été tout juste entièrement souscrite, avec 60,5 millions d’actions nouvelles proposées au prix bradé de 1 euro pièce, soit un rabais de plus de 50% sur le cours de l’action juste avant le lancement de l’augmentation de capital le 24 juin. La société, basée à Aix-en-Provence, avait subi une perte de 21,1 millions d’euros en 2009, qui s’ajoutait à celle de 245,2 millions d’euros de 2008.

Windeo lève quelques fonds mais recule son introduction en Bourse : Même s’il est loin d’avoir levé les fonds espérés et doit retarder son entrée en Bourse, 2010 s’annonce faste pour le distributeur et installateur de petit éolien Windeo, basé en Belgique et très actif en France, qui table sur un chiffre d’affaires multiplié par 7 cette année par rapport à 2009. Il prévoit d’installer 500 petites turbines cette année, soit près de quatre fois plus que l’an dernier. Après s’être diversifiée dans le solaire, la société affichait l’ambition de lever 5 millions d’euros, puis de s’introduire en Bourse en mars dernier. Au final, Windeo collecte moins qu’espéré avec 1,3 million d’euros. Sur le front de la Bourse, la société a réévalué sa stratégie : elle espère se coter à l’automne grâce à un nouveau tour de table.

Solaire

Enel inaugure « Archimede » en Sicile, une première technologique : Du sel fondu en guise de liquide calorifique, et voilà une centrale solaire qui fonctionne même de nuit ! C’est une première technologique dans le solaire thermique, ces centrales où des miroirs renvoient la chaleur solaire vers des réservoir remplis de liquides, qui font tourner des turbines à vapeur La compagnie d’énergie italienne Enel vient d’inaugurer en Sicile une première petite centrale de démonstration de 5 MW, à Priolo Gargallo près de Syracuse, utilisant cette technologie mise au point par la PME italienne Archimede: 30.000 mètres carrés de miroirs paraboliques qui renvoient les rayons solaires sur 5.400 mètres de tubes, dans lesquels circule un fluide caloporteur, qui pour la première fois est constitué des sels fondus, un mélange de nitrate de sodium et de potassium. Cette centrale a coûté très cher: commanditée par Enel et par l’agence publique de l’environnement son partenaire Enea, elle a nécessité un investissement de 50 millions d’euros, soit 10 millions d’euros par MW.

Méga-prêt chinois pour Yingli, l’effet Coupe du Monde : Sponsor officiel massif de la Coupe du Monde — une première pour un fabricant chinois de panneaux solaires — le très ambitieux groupe Yingli Green Energy peut juger son pari payant: il vient d’obtenir un prêt colossal de 36 milliards de yuans (5,3 milliards de dollars) auprès de la banque publique chinoise China Development Bank (CDB), décroché en partie grâce à cette surexposition médiatique, a annoncé le groupe. Ce prêt doit l’aider à investir et accroître sa production en Chine et à l’étranger, qui atteint déjà 600 MW par an. Yingli partagera cette manne avec ses filiales Baoding Tianwei Yingli New Energy Resources, Yingli Energy (China) et Fine Silion.

Nexcis trouve un soutien important pour son projet collaboratif Solcis : Alors que la start-up française Nexcis, située dans les locaux de STMicroelectronics à Rousset, près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) monte en puissance dans le solaire à couches minces, elle vient de trouver un soutien du côté d’Oséo sur son projet collaboratif Solcis, mené avec sept PME et 6 laboratoires publics. Le projet Solcis vient de recevoir 9,8 millions d’aide remboursable dans le cadre du programme Oséo ISI (Innovation Stratégique Industrielle). D’un montant de 23,7 millions d’euros, ce projet d’innovation a été lancé en novembre 2009 et doit durer environ deux ans et demi. Il vise à développer deux nouvelles générations de modules photovoltaïques à couches minces, basées sur des alliages de cuivre, d’indium, de sélénium et de gallium (CIGS). Le projet vise également à développer l’ensemble des équipements nécessaires à la fabrication de ces modules à couches minces.

Smartgrid & Efficacité énergétique

Trilliant lève 106 millions $, auprès de géants des réseaux électriques : C’est un tour de force pour la société américaine Trilliant, vétéran du smartgrid depuis 20 ans, et qui fournit aux compagnies d’électricité des logiciels et systèmes pour transmettre des données sans fil entre les réseaux et les compteurs intelligents installés chez les usagers (fournis par lui ou par d’autres): le groupe a encore levé 106 millions de dollars, auprès de poids-lourds américains et internationaux puisque  le tour de table a été emmené par Investor Growth Capital (branche de capital-risque du groupe suédois Investor AB), le grand fonds américain VantagePoint Venture Partners,  le leader mondial des réseaux électriques ABB (Suède)et le conglomérat General Electric. Avec ces fonds, Trilliant, qui compte déjà plus de 200 compagnies d’électricité parmi ses clients, va pouvoir étendre son activité à l’international.

Las Vegas vertueuse en énergie grâce à une start-up qui monte : C’est un pari : la ville de Las Vegas compte sur les logiciels de gestion de l’énergie de la jeune start-up américaine Hara pour économiser 150.000 dollars par an sur ses factures d’électricité, gaz, eau et autres ressources. Pour réduire ses émissions, cette aberration écologique qu’est cette ville de néons et de fontaines surgie en plein désert tente aussi l’innovation : l’empire des jeux va installer 1 MW de panneaux solaire sur 17 parkings et investir 3,5 millions de dollars en ampoules basses consommation pour remplacer 20% des flamboyantes enseignes lumineuses de la ville. Le logiciel à tout faire de Hara, qui montre sous forme de graphique les moindres gaspillages de tout ce que consomme une organisation, devrait permettre de réduire de 1% les 15 millions de dollars par an dépensés par Las Vegas en gaz naturel et en électricité, soit 150.000 dollars, ce qui remboursera le logiciel en seulement un an, espère le responsable du développement durable de la mairie, Tom Perrigo.

Voitures électriques

RWE mise sur les bornes de recharge à l’international : RWE, deuxième compagnie d’énergie allemande, est déjà l’allié de Renault, Daimler et Nissan en Allemagne pour proposer aux acheteurs de voitures électriques des stations de recharge à domicile et des bornes de recharges publiques. Mais il veut maintenant accentuer sa présence sur ce marché naissant à l’étranger, prévient Ingo Alphéus, patron de RWE Effizienz, filiale « mobilité électrique » du groupe, dans le quotidien économique Handelsblatt. Il vise ainsi de nouveaux marchés en Grande-Bretagne, où RWE a déjà participé à un appel d’offres à Londres pour installer 25.000 bornes de recharge d’ici 2015, et aux Pays-Bas. RWE a déjà plusieurs projets pilotes de bornes de recharge en Allemagne, en partenariat avec plusieurs constructeurs, Daimler et surtout Renault et Nissan.

Après les Apple Stores, les Tesla Stores : Le constructeur californien de voitures électriques Tesla Motors, qui vient d’entrer en Bourse, a depuis longtemps pris Apple comme modèle de marketing: au point qu’il vient pour le design de ses 50 futurs show rooms mondiaux d’embaucher George Blankenship, l’architecte des Apple Store. George Blankenship, 57 ans, ancien vétéran de GAP, sera chargé de concevoir le réseau mondial de magasins de Tesla pour 2012, date de la sortie de sa future berline électrique Model S, censée devenir un modèle de masse, alors que jusqu’ici Tesla n’a vendu qu’environ un millier de voitures, des voitures de sport tout-électriques de grand luxe, la Roadster. Tesla, qui s’est introduit en Bourse le mois dernier en levant 226 millions d’euros, et emploie 600 personnes, a déjà ouvert 13 show rooms, dont 8 aux Etats-Unis, au coeur de grandes villes.

Carbone

Etiquettes carbone: Greenext lève 2 millions d’euros : C’est un succès pour Greenext, jeune entreprise parisienne qui surfe sur la demande d’étiquettes carbone dans la grande distribution — elle fournit notamment les données carbone affichés sur les produits Leclerc —  et se prépare pour l’expérimentation nationale d’affichage carbone des produits  prévue en 2011 dans les grands et moyens commerces français, comme le prévoit  la loi « Grenelle 2 ». Greenext, start-up née en 2007, qui fournit des données sur l’impact environnemental des produits de grande consommation, vient ainsi de lever 2 millions d’euros auprès de CM-CIC Capital, gestionnaire de fonds du Crédit Mutuel- CIC. Il a rejoint au capital de Greenext le fonds Oddo Asset Management, qui y était entré en 2009 en y injectant 500 000 euros. Greenext propose aux industriels et aux distributeurs une solution (logiciel) pour calculer et analyser l’impact écologique de tous leurs produits de grande consommation, sur la totalité de leur cycle de vie, en s’adaptant aux données disponibles, en s’appuyant sur une base de données comprenant le profil carbone de 500.000 produits.

Energie marine

Finavera lâche l’énergie des vagues, après un parcours houleux : C’est une histoire incertaine que vit la bouée AquaBuOY, illustrant une mauvaise stratégie d’entreprise ou une mauvaise technologie, ou les deux. La société irlandaise Finavera Renewables, cotée à la Bourse de Toronto, et spécialisée historiquement dans l’éolien, jette l’éponge sur sa technologie houlomotrice AquaBuOY, et met en vente sa division énergie marine avec ses actifs, ses brevets et ses dettes. Elle avait acquis cette technologie 4 ans plus tôt, en avalant la société américaine AquaEnergy, devenue alors la division Finavera Renewables Ocean Energy. Le nom de l’acheteur n’a pas été dévoilé, mais l’accord signé stipule que Finavera prendrait 10% de ses actions en circulation.

Bâtiment vert

L’IPO de Tendances Eco Group: Borloo m’a tuer… En 8 jours, Tendances Eco Group a finalement renoncé à entrer en Bourse par offre publique. Car entre temps, des fuites venant du ministère de l’Ecologie sur ne baisse des subventions ont déprimé la filière du green business français, et cette introduction en est la première victime. Le groupe familial du Mans, spécialiste de la rénovation des bâtiments pour les rendre plus « verts », espérait lever 15 à 20 millions d’euros en se cotant en Bourse, mais il a joué de malchance: alors qu’il lance le 8 juillet son projet d’offre publique d’introduction en Bourse de Paris, le lendemain, dans un article aux Echos, le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo évoque une probable baisse drastique des aides aux technologies vertes dans le budget 2011, notamment pour les installations photovoltaïques, secteur où justement TEG voulait se développer.