Tesla joue et gagne ! (Premium)

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Pari gagné pour Tesla, avec un prix d’émission supérieur aux attentes ! Pour son entrée en Bourse ce mardi, Tesla a réussi à lever 226 millions de dollars (dont 202 millions nets) en cédant 13,3 millions d’actions, plus que prévu au départ, pour 17 dollars pièce, alors que sa fourchette annoncée était de 14 à 16 dollars. Un excellent augure pour ce qui s’annonce comme « la » cotation de l’année pour les cleantech ou du moins pour le secteur émergent des voitures électriques.

Tout dépendra maintenant de ...

l’évolution du cours en Bourse mais c’est déjà un soulagement pour le petit constructeur californien Tesla, lui qui parti de zéro a fabriqué des voitures de sport tout-électrique de grand luxe, et réussi à lever plus de 220 millions de dollars auprès de fonds de capital-risque.

Et c’est aussi un grand jour pour Wall Street : pour la première fois depuis Ford en 1956 entrera à Wall Street un nouveau constructeur auto, et pour la première fois aussi un constructeur exclusif de voitures électriques.

Cette IPO réussie devrait rassurer tous les acteurs du secteur et ceux qui aspirent à entrer en Bourse.

Ce n’est qu’hier que Tesla a décidé de relever ses objectifs en annonçant, dans un avis à la SEC, qu’il comptait mettre en vente non plus 11,1 millions d’actions prévues au départ mais 13,3 millions, toujours à un prix compris entre 14 et 16 dollars. Cette opération valorise le groupe à environ 1,8 milliard de dollars.

Pas mal pour un groupe créé en 2003, qui ne vend encore qu’une poignée de véhicules par mois, et uniquement pour l’instant son modèle Roadster de grand luxe, au prix de 109.000 dollars — même si les acheteurs s’appellent Brad Pitt ou George Clooney. En effet, sa future berline « grand public », qui devrait lui ouvrir les portes du marché de masse, n’est pas encore sortie de sa future usine.

Tesla avait déjà levé plus de 220 millions auprès de grands fonds comme Draper Fisher Jurvetson et VantagePoint Venture Partners, The Westly Group, les cofondateurs de Google Larry Page et Sergey Brin. Sans oublier les 50 millions de dollars payés par l’allemand Daimler pour 10% du groupe (une affaire !), dont 4% ont été revendus ensuite par Daimler au fonds souverain d’Abou Dhabi, Aabar.

Tesla peut en outre compter sur son récent partenariat avec le japonais Toyota, qui a aussi décidé d’injecter 50 millions de dollars supplémentaires juste après l’introduction, au prix de l’IPO.

Obama lui même a aidé Tesla et ses homologues en réclamant 1 million de véhicules électriques sur les routes américaines pour 2015 et en offrant à Tesla un prêt aidé de de 465 millions de dollars.

Ces fonds vont lui permettre de réaliser les travaux dans la fameuse usine californienne (qui appartenait auparavant à Toyota) pour y sortir sa Model S en 2012.

Une valorisation de plus d’un milliard n’est pas rare à New York — quand les chaussures à roulettes Heeley’s ou les sabots Crocs s’étaient fait coter à Wall Street en 2006, eux aussi valaient un milliard en Bourse d’entrée.

Mais c’est remarquable pour un groupe dont les chiffres actuels ne font pas rêver et sont les perspectives sont un peu lointaines et très incertaines.

Car Tesla a encaissé des recettes de 20,59 millions de dollars au 1er trimestre 2010, en gros inchangées sur un an, mais ses pertes se sont creusées à 29,5 millions de dollars, contre 16 millions un an plus tôt.

Il a aussi averti qu’il ferait encore des pertes “significatives » jusqu’à la sortie en série de sa berline, la Model S, en 2012, qui sera vendue aux alentours de 50.000 dollars et a été déjà réservée à 2.200 exemplaires.

Tesla a été reprise à ses débuts par Elon Musk, le fondateur de PayPal, qui y a investi une bonne part de sa fortune personnelle (il y a mis 70 millions de dollars) après avoir revendu PayPal à eBay. Musk est aussi le PDG de Space Exploration Technologies, un groupe qui… construit des fusées.

Le sort de l’IPO sera d’autant plus scruté que d’autres start-up prometteuses ont renoncé devant l’imprévisibilité des marchés, en tête la météorite du solaire américain, Solyndra et que le dernier groupe des cleantech qui s’y est risqué, Jinko Solar, n’a pas brillé.

Bref, cette IPO réussie pourrait redonner un élan aux investissements dans les cleantech car la sortie en Bourse semblera plus faisable. Le vrai fondateur de Tesla, Martin Eberhard, un ingénieur qui a eu l’audace folle de créer un constructeur auto ex nihilo, peut en tout cas être fier.