Madrid veut réduire de 30% ses subventions au solaire, et rétroactivement

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Tout le secteur le craignait : après avoir annoncé une baisse de ses objectifs officiels d’installations solaires pour les 10 ans qui viennent, le gouvernement espagnol, après des semaines de négociations avec le secteur, a annoncé vouloir diminuer de 30% à 45% ses aides aux installations solaires, y compris pour les centrales existantes. De quoi plomber tous les opérateurs espagnols et internationaux actifs dans le pays.

Selon Thomas Diaz, le porte-parole de l’ASIF cité par Reuters, la Fédération espagnole du photovoltaïque, le gouvernement propose, en effet, de diminuer les subventions aux installations photovoltaïques existantes de 30%, et pour les futures installations de 25% pour les grands toits solaires, de 45% pour les grandes centrales au sol et de 5% pour les petits toits résidentiels.

Ce qui, selon l’AIF, porterait un coup mortel au secteur et mettrait en faillite la plupart de 600 installateurs solaires en Espagne.

Concrètement, puisque juridiquement le tarif de rachat de l’électricité solaire avait été garanti sur 20 ans, le gouvernement veut contourner l’obstacle en diminuant le nombres d’heures de soleil ouvrant droit à ce tarif subventionné.

Les installateurs solaires en Espagne, qui ont investi plus de 18 milliards de dollars au cours des trois dernières années, réclamaient au gouvernement de maintenir pour 25 ans le tarif aidé à l’électricité solaire, comme le prévoyait une loi de 2007. « Les entreprises iront se défendre au tribunal », a déclaré M. Diaz à Bloomberg.

Cité par Bloomberg, Pedro Michelena, l’un des associés de Qualitas Equity Partners, qui possède un tiers du groupe solaire espagnol Fotowatio Renewable Futures, avec GE Capital, s’est montré incrédule : « C’est ridicule », a-t-il dit, « je ne peux pas croire qu’il s’agit de la proposition finale ». « Espérons que le bon sens triomphera ».

« Cette proposition détruirait la politique d’énergies renouvelables du gouvernement, et nous tuerait tous », a clamé M.Diaz après une rencontre avec le Secrétaire d’Etat à l’Energie Pedro Marin. « Nous ne pensons pas que le secteur pourra survivre s’il accepte ces propositions ».

En quête désespérée d’économies, le gouvernement espagnol prépare en fait une complète réforme de ses aides aux énergies renouvelables, mais le solaire risque d’être le plus touché.

Le secteur solaire avait explosé en 2008 en Espagne grâce à des subventions extrêmement élevées — et en principe garanties sur 20 ans — mais en 2009, Madrid avait déjà strictement limité le nombre d’installations pouvant bénéficier des subventions, ce qui avait brutalement freiné la frénésie des installateurs. Pour 2010, Madrid a déjà annoncé une nouvelle limitation des futures installations.

La baisse des subventions devrait être finalisée d’ici octobre mais le gouvernement veut les appliquer dès maintenant et a donné deux jours aux professionnels du secteur pour se prononcer sur la manière de l’appliquer aux centrales existantes, selon le porte-parole de l’ASIF.

« C’est comme demander un condamné à mort s’il préfère la chaise électrique ou une piqûre mortelle », a-t-il commenté.

Ce sera en tout cas un coup dur pour ceux qui ont cru être à l’abri des baisses de tarifs en rachetant des installations existantes. Rien d’étonnant si la menace d’une baisse des tarifs a découragé les groupes solaires espagnols d’aller en Bourse ces dernières semaines. Cela risque aussi de handicaper l’introduction prévue de la filiale d’énergies verte d’Enel, largement implantée en Espagne.

Mais beaucoup d’installateurs et fabricants de panneaux solaires mondiaux ont déjà intégré la donne et tiré une croix sur l’Espagne : même si les subventions sont en passe d »être réduites un peu partout, ils parient toujours sur un boom du solaire en Europe, mais pas en Espagne, bien plutôt en Allemagne, Italie, France, Belgique ou encore en République Tchèque dont les aides restent attirantes.

Les professionnels de l’éolien sont eux aussi convoqués au ministère pour discuter de leurs subventions.