« La Chine est déjà en train de basculer vers la conformité carbone au niveau national »

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La Chine commence à prendre en compte le principe d’une réglementation contraignante sur les émissions de CO2, estime Jeff Huang, vice-président Asie du Chicago Climate Exchange, la bourse du carbone de Chicago, et assistant du président du Tianjin Climate Exchange, une bourse du carbone expérimentée sur la région de Tianjin. Un entretien exclusif réalisé par Olivier Sasportas, correspondant en Chine.

GreenUnivers : Où se situe la Chine sur le front anti-carbone aujourd’hui?

La notion d’intensité carbone fait son chemin. On peut dire que la Chine est déjà en train de basculer vers la conformité carbone au niveau national, c’est à dire vers une prise en compte d’une réglementation contraignante sur les émissions de CO2.

GU : A quel rythme se fait cette mutation ?

En ce qui concerne la ville de Tianjin, nous mettons en place un projet pilote de grande échelle. Nous avons démarré doucement mais nous sommes confiants. Avec le Chicago Climate Exchange, sur l’ensemble des cinq dernières années, nous avons réussi à réduire près de 450 millions de tonnes d’émissions de CO2, et ce, alors que le business de nos membres a continué de croître. C’est la preuve que cela marche.

GU : Avez-vous un délai à respecter ?

Non, nous n’avons jamais eu de délai. Nous ne croyons pas aux délais. Nous avançons jour après jour et avec le temps, les résultats seront là. Au Chicago Climate Exchange, nous avons débuté avec 13 sociétés (Motorola, Kodak…). Nous allons trouver ces sociétés ici, sans aucun doute. Nous sommes déjà en train de leur parler. A chaque fois que nous les approchons, le résultat est meilleur. Ces entreprises savent que nous pouvons les aider à atteindre leurs objectifs à un coût plus bas et elles sont intéressées.

GU : Qui va acheter leurs crédits carbone ? Le MDP d’après 2012 devrait être très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

Je suis un grand fan du MDP, mais je ne me situe pas dans l’après 2012. Nous ne savons pas si les Européens continueront à acheter les CER (crédits carbone) chinois et, du point de vue des politiciens, il n’y qu’un seul objectif valable : respecter les engagements sur l’intensité carbone qui seront consignés dans le 12ème plan quinquennal. Du point de vue des compagnies, la préoccupation est de le faire au moindre coût. Si pour y arriver le MDP peut jouer un rôle – sectoriel, projet par projet ou autre…- tant mieux. Si ce n’est pas possible, tant pis. Avant tout, je dois me conformer aux objectifs nationaux. La perspective est totalement différente désormais. Le MDP n’est pas notre priorité numéro un. Après le 25 novembre 2009 (date à laquelle Pékin a annoncé ses engagements en matière de réduction d’émissions de CO2) la problématique a entièrement changé.

GU : La priorité est donc le marché domestique ?

De mon point de vue, même s’ il existe un marché après 2012, en tant qu’entreprise chinoise, pourquoi devrais-je vendre mes CER à 12 euros ? Je devrais attendre les 40 euros, voire plus ; parce qu’un jour mon gouvernement pourrait s’engager dans le cadre d’un accord international très contraignant et alors, je serais dans l’obligation de les racheter à 100 euros. La Chine abonde en liquidités. Je ne vois aucune raison de vendre ces crédits tout de suite. A la place de ces sociétés, je les garderais.

GU : Selon certains, la Chine penserait à appliquer une taxe carbone. Quelle est votre position là-dessus ?

Personnellement, je n’ai rien contre. Mais comment déterminer le taux de cette taxe ? Comment tenir compte de tous les paramètres pertinents dans un pays comme la Chine ? De plus, si vous imposez une taxe carbone à certaines industries, les entreprises la paieront et la répercuteront sur les consommateurs. Avec un système de cap & trade il y a une certitude quant au plafonnement : les émissions doivent diminuer. Cela prendra des années mais elles diminueront. Avec une taxe, rien n’est sûr. L’assurance d’un bénéfice environnemental, voilà ce qu’apporte le cap&  trade de mon point de vue.

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