Les Français dans les starting-blocks pour le biocarburant tiré des algues

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Fermentalg©

La culture des micro-algues, ouvrant la voie aux biocarburants de troisième génération, rencontre de plus en plus d’adeptes. Même si d’une manière générale, ces algocarburants sont encore au stade de la définition, les annonces s’accumulent avec le développement d’un tissu de start-up ambitieuses, en France et à l’étranger. Entre la recherche de financement et la nécessité d’approfondir la R&D, voici un panorama de ce secteur prometteur.

En particulier pour le biodiesel, dont la production pourrait quadrupler dans les 10 ans, à 71 milliards de dollars en 2020 (53 milliards d’euros), contre 18,4 milliards de dollars en 2010, selon le cabinet américain Pike Research dans une étude de février dernier, qui voit dans les algues l’un des futurs moteurs du marché, même si leur impact environnemental est critiqué.

Des sociétés françaises en phase de développement

Les recherches montrent que les microalgues peuvent produire des huiles avec des rendements jusqu’à 30 à 50 fois supérieurs aux biocarburants de première (maïs, colza, canne à sucre…) et deuxième génération (résidus de bois, sous-produits et déchets agricoles…). Même si la production massive d’algocarburants n’est pas prévue pour toute de suite, la culture de microalgues offre à court et moyen-terme de nombreux débouchés dans l’agroalimentaire ou la santé.

Cette réflexion est développée par la start-up française Fermentalg, implantée à Libourne en Gironde. Elle prépare son deuxième tour de financement, après avoir déjà levé plus de 2 millions d’euros en 2009, notamment auprès du fonds d’investissement Emertec et du CEA Valorisation. Pour passer le cap de l’industrialisation, la société cherche à lever 14 à 15 millions, dont 8 millions en faisant appel au marché.

La particularité de Fermentalg réside dans son approche de culture en volume, par fermentation dans des cuves fermés. Une différence offrant plus de productivité que la culture en surface réalisée à ciel ouvert.

BBtek, au autre start-up française, a présenté ses ambitions cette semaine à Paris lors d’un Cleantuesday spécial microalgues, un forum cleantech mensuel réunissant jeunes sociétés innovantes, grands groupes et investisseurs. L’objectif est d’utiliser l’algue Botryococcus braunii pour produire des hydrocarbures, comme une vache produit du lait, expliquait Marc Lange, lors de la présentation de la société.

 

Bioalgostral©

Entre projet pilote et démonstrateur

Autre développement français, le projet Salinalgue sur la culture de microalgues en milieu ouvert, porté par la société Biocar, filiale biocarburant de La Compagnie du Vent. Labellisé par les pôles Trimatec, Mer PACA, Derbi et Capenergie, il a été retenu au fonds unique interministériel (FUI) lors du 9ème appel à projets des pôles de compétitivité, et doit déboucher sur un démonstrateur.

Dans la Vienne, sur la commune du Vigeant, le groupe Séché Environnement a inauguré en 2009 une unité pilote de production de biocarburants à base d’algues cultivées à partir du gaz issu des déchets ménagers d’un centre de stockage et de traitement. Le projet est soutenu par la région Poitou-Charentes et Oséo.

A la Réunion, la société Bioalgostral est spécialisée dans la production et la valorisation des micro algues en zone inter-tropicale, notamment utilisé dans le traitement des eaux usées de station d’épuration. Elle vient de signer un accord avec le groupe Caillé, actif dans la concession automobile, pour tester un algo diesel de troisième génération.

 

Sapphire Energy©

70 milliards de litres en 2030 pour le Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, l’organisme public Carbon Trust a pris la décision en mars dernier de soutenir la recherche scientifique britannique pour trouver la bonne formule, afin de produire 70 milliards de litres de biocarburants issus des algues par an d’ici 2030. Un premier financement de 8 millions de livres (9,1 millions d’euros) est prévu sur 3 ans.

Aux Etats-Unis, la start-up californienne Aurora Biofuels a levé, début mars, 15 millions de dollars (11,2 millions d’euros) pour son troisième tour de table, sur un total levé de 40 millions de dollars depuis sa création.

L’américaine Solix Biofuels a levé 5 millions de dollars en début d’année, sous forme d’obligations convertibles, après avoir déjà levé 10,5 millions de dollars en 2008. Citons également aux Etats-Unis Solazyme et Sapphire Energy (où a investi Bill Gates lui-même) qui disposent chacune de plusieurs dizaines de millions de dollars de trésorerie.

Alexandre Simonnet