L’Australie reporte à 2013 son projet de marché du carbone

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Le Premier ministre australien, Kevin Rudd, a finalement renoncé à l’un des projets emblématiques de sa dernière campagne électorale en repoussant à 2013 l’hypothétique mise en oeuvre du marché du carbone australien (cap and trade).

Déjà deux fois rejeté par l’une des deux chambres du Parlement, le projet CPRS -Carbon Pollution Reduction Scheme- aurait dû débuter en juillet 2011 après avoir obtenu l’aval du Sénat. Un probable troisième rejet par le législateur aurait permis au Premier ministre de dissoudre les deux chambres pour provoquer des élections anticipées et passer en force. L’option n’a pas été retenue par Mr Rudd alors que les élections devront de toute façon se tenir avant la fin de l’année.

Sans remettre en cause l’engagement du gouvernement dans sa lutte contre le changement climatique, le Premier ministre aura préféré pointer du doigt l’attitude de l’opposition ainsi que l’absence d’avancées concrètes concernant les négociations sur la scène internationale.

Feu nourri de critiques

Quelques jours plus tôt, un rapport du Grattan Institut avait porté un sérieux coup au projet de cap & trade en dénonçant les compensations prévues pour venir en aide aux industriels. Minimisant l’impact de la contrainte carbone sur la rentabilité des entreprises, l’allocation de permis pourrait retarder les changements structurels dont aurait besoin l’économie australienne, en permettant à des secteurs non profitables de perdurer, selon le rapport. A l’inverse, les industries de l’acier et du ciment, qui sont identifiées comme les plus exposées, ne bénéficieraient pas d’une aide appropriée.

Prenant à contre-pied les critiques traditionnelles qui mettent en avant l’impact négatif du projet sur l’emploi, le rapport du Grattan Institut juge ces craintes exagérées et déplore avant tout le gaspillage de l’argent du contribuable au profit des industriels. Efficace par son approche qui discute l’aspect généralement le moins controversé du projet de cap & trade, la critique laisse également la porte entre-ouverte à l’établissement de mesures restrictives, puique selon John Delay, CEO du Grattan Institut, il n’y aurait  « aucune raison pour retarder l’adaptation de l’économie australienne à une future contrainte liée au carbone ».

Un sondage, commissionné par le Climate Institut et effectué entre le 25 et le 29 mars, montre une baisse de confiance des Australiens dans l’action de leur Premier ministre face au défi climatique. Toutefois 68% des sondés se disent encore concernés par le sujet.

De son côté, le parti des Verts australiens a fait récemment une proposition de taxe carbone.

Les marchés du carbone ont décidément du mal à démarrer. Outre ce report australien, les Etats-Unis hésitent à créer un cap & trade : prévu dans le projet de loi sur l’énergie, qui n’a toujours pas franchi l’obstacle du Sénat, le projet est l’objet de nombreuses critiques. A tel point que le président américain s’est montré finalement hésitant ces dernières semaines sur la nécessité de sa mise en place.

Olivier Sasportas, correspondant à Pékin