L’industrie « verte » chinoise dans le collimateur des Etats-Unis

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La pression verte monte sur Pékin. A le veille d’un nouveau comité de direction du Clean Development Mechanism de l’UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change), qui se tient à Bonn du 22 au 26 mars, deux études américaines ont dénoncé la nature de l’implication du gouvernement chinois dans l’industrie verte du pays.

Tout d’abord, Gang He et Richard K Morse, chercheurs à l’université de Standford en Californie, se sont penchés sur le manque de transparence qui entoure les projets de Mécanismes de développement propre (MDP : un dispositif créé par le protocole de Kyoto qui permet aux pays émergents de faire financer des projets « verts » en les faisant financer par les pays industrialisés via la vente de crédits carbone), regrettant l’incapacité des Nations Unies à vérifier leur niveau de viabilité et donc leur légitimité à recevoir des subventions.

Ensuite, le National Foreign Trade Council (NFTC), lobby basé à Washington, a pointé les différentes aides mises en place par Pékin entre 2002 et 2009 afin d’encourager le développement des énergies renouvelables dans le pays. Si elles ne violent pas explicitement les règles internationales de l’OMC, ces aides soulèvent de sérieux problèmes pour les partenaires commerciaux de la Chine, selon Bill Reinsch, le président de la NFTC.

La Chine, grande bénéficiaire des MDP

Ces accusations interviennent à un moment crucial. La confrontation entre Washington et Pékin autour du dossier de la monnaie chinoise se durcit et la grogne monte aux Etats-Unis contre le fait que les subventions de l’administration Obama aux énergies renouvelables profitent à des entreprises chinoises. C’est aussi le moment où l’UNFCCC se penche sur le dispositif des Mécanismes de développement propre, objet de nombreuses critiques et dont l’avenir au-delà de 2012 demeure incertain.

La Chine, qui a jusqu’ici été la grande bénéficiaire des MDP avec presque 60% des CER générés, a déjà été mise à l’index en décembre dernier par les Nations Unies qui ont rejeté plusieurs projets basés dans le pays, soupçonnant l’implication du gouvernement dans des pratiques visant à capter indûment des subventions.

A cette date, la Chine avait encaissé plus de 153 millions de crédits carbone, qui représentaient une valeur de plus de 1 milliard de dollars au total, selon un calcul du Financial Times.

Plusieurs membres exécutifs du comité de direction de l’UNFCCC, dont son président Clifford Mahlung, ont déjà reconnu publiquement – et sans cacher leurs divergences – que des changements devront être apportés aux MDP. Face à l’offensive américaine, la Chine, si elle était jugées fautive, pourrait avoir beaucoup à perdre dans ce dossier.

Par Olivier Sasportas, correspondant à Pékin