Eolien et radars, une scène de ménage à 5,75 millions d’euros

Print Friendly, PDF & Email

Avion de chasseQuand les éoliennes menacent la sécurité du territoire aérien britannique, le Royaume ne plaisante plus. Churchill aurait dit en son temps : « agissez comme s’il était impossible d’échouer. »

C’est donc un investissement d’environ 5,75 millions d’euros (5,15 millions de Livres sterling) qui a été dévoilé par le gouvernement britannique et l’industrie de l’énergie éolienne fin octobre. Une somme destinée à trouver les moyens de réduire l’impact des éoliennes britanniques sur le fonctionnement des radars.

Un problème de cohabitation

Les éoliennes n’émettent pas d’ondes électromagnétiques dans les gammes de fréquences utilisées pas les radars. Mais les performances de ces derniers baissent lorsque leur rayon de visibilité rencontre la taille imposante des éoliennes. Les conséquences de cette dégradation passive sont la perte de détection, la création de faux échos ou encore la dégradation des effets Doppler.

D’où de sérieuses objections de l’aviation civile britannique au développement de parcs éoliens. Elles freineraient actuellement près de 10 GW d’énergie éolienne au stade de la planification.

Un plan d’action

La Couronne d’Angleterre, via The Crown Estate, finance donc un plan d’action de 2 millions de livres sterling. Le Département de l’Energie et du Changement Climatique (DECC) apporte un complément de 1,55 million et le 1,6 million restant est financé par l’Aviation Investment Fund Company.

Ce fonds d’investissement a été créé en mars dernier pour répondre aux enjeux des éoliennes sur les radars. Il réunit dix-sept contributeurs, et notamment des industriels comme EDF Energies Nouvelles, RWE Npower Renawables ou encore E.ON Climate & Renewables.

L’ensemble de la stratégie est piloté par l’organisme de contrôle aérien NATS, et le spécialiste de la technologie radar Raytheon Canada.

L’éolienne furtive

Pour faire face à cet enjeu, Raytheon travaille sur des solutions matérielles et logicielles qui permettent de réduire les interférences des éoliennes sur les systèmes radars.

Et dans cette bataille, QinetiQ le spécialiste anglais des technologies de défense a dévoilé un prototype de turbine, fin octobre, qui pourrait réduire sensiblement les perturbations radars. QinetiQ travaille en partenariat avec le fabricant d’éoliennes Vestas sur ce projet. Cette éolienne furtive est composée de matériaux semblables à ceux utilisés pour les bombardiers furtifs.

En France et en Allemagne, même combat

Dans l’Hexagone, l’enjeu est également de taille avec le développement à marche forcée de l’éolien ces dernières années. Dès 2004, l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) a été saisi par Météo France, l’Aviation civile et le Ministère de la Défense sur la question des perturbations du fonctionnement des radars par les aérogénérateurs.

Plus récemment, du 12 au 16 octobre un travail d’investigation a été réalisé dans la région d’Orléans (Loiret) par la zone défense nord et l’équipe spécialisée (EETIS) « détection » de Cinq-Mars-la-Pile. L’objectif était de mieux quantifier l’impact des éoliennes sur les radars militaires et d’approfondir les connaissances sur le sujet.

En Allemagne, la Bundeswehr (l’armée allemande) a dans le collimateur les industriels de l’éolien.  Ceux-ci porteraient atteinte à la sécurité nationale du pays, selon elle. 1,5 million d’euros d’investissements éoliens sont bloqués pour ces raisons. Les projets seraient susceptibles de perturber les systèmes radars de l’armée. Une enquête militaire est en cours.

Alexandre Simonnet