Dong Energy se lance dans le biocarburant tiré de la paille

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A moins de quinze jours de l’ouverture du Sommet de Copenhague, GreenUnivers publie le 2e article de sa série sur les champions danois des cleantech. Gros plan sur l’énergéticien Dong Energy et ses ambitions dans les biocarburants.

De notre envoyée spéciale, Annick Maroy

DSC00952Une petite flotte de voitures roulant à la paille transportera les huiles réunies au Sommet de Copenhague : une performance du grand groupe danois d’énergie Dong Energy, qui, depuis 2002, cherchait à produire de l’éthanol dit de 2ème génération — un biocarburant qui n’utilise ni surfaces agricoles ni ressources alimentaires.

Anders Eldrup, son PDG, ne cachait pas sa satisfaction, le 18 novembre dernier, en inaugurant, en présence du prince Joachim du Danemark, l’usine-pilote de Kalundborg, qui produit du biocarburant à partir de paille.

Dérivés 100% utiles

« A partir de ressources qui n’appauvrissent personne, nous sommes parvenus à créer de l’énergie. Cette usine, qui est l’une des premières du genre, et les expérimentations qui y sont menées, sont essentielles non seulement pour les pays industrialisés, mais surtout pour les pays en développement », a-t-il déclaré.

Le projet a été développé par Inbicon, une filiale à 100% de Dong Energy, 5ème groupe énergétique d’Europe du Nord. Le combustible, de la paille, provient des surplus des exploitations agricoles environnantes. Les groupes danois d’enzymes Novozymes et Danisco, leaders mondiaux de leur secteur, assurent la fourniture des enzymes nécessaires au processus de transformation de la paille en éthanol.

Outre 5,4 millions de litres d’éthanol, l’usine produira 13 000 tonnes de granulés de lignine, utilisée comme substitut du charbon dans les centrales de cogénération, ainsi que 11 100 tonnes de mélasse C5, un composant destiné à l’alimentation animale. « L’ensemble de la biomasse utilisée est ainsi convertie en produits finis », constate Anders Eldrup.

La première production de l’usine servira à faire fonctionner une flotte d’automobiles fournies par Volvo, et destinées aux déplacements des personnalités lors du sommet de Copenhague.

54 millions € dépensés

La construction de l’usine, d’un coût total de 54 millions d’euros, a bénéficié de financements publics : 10,3 millions de l’Energy Development & Demonstration Programme (EUDP) du gouvernement danois, et 9,1 millions d’euros de l’Union européenne.

Le projet atteindra la phase industrielle avec une usine dotée d’une capacité de production 10 fois plus importante, située dans le Nord Dakota, aux Etats-Unis. Cependant, le montage financier du projet, ainsi que les autorisations réglementaires, sont encore en phase de négociation.

Dans les deux prochaines années, Inbicon prévoit d’industrialiser un procédé de transformation des déchets ménagers en éthanol, également testé sur le site de Kalundborg. « Nous avons lancé les études voici 5 ans et sa rentabilité commerciale a déjà été prouvée », commente Niels Henriksen, CEO d’Inbicon. « Mais nous souhaitons valider la solidité de nos processus avant de passer à la phase industrielle. »

Encore en phase de test, mais prometteur

Si malgré les critiques la production de bioéthanol de 1ère génération se poursuit à grande échelle aux Etats-Unis, en Europe et au Brésil, à base de canne à sucre, maïs ou colza, le bioéthanol de 2ème génération n’en est pas encore au stade industriel.

Environ 170 types de biocarburants de ce type – à base de déchets, d’herbes, de bois … – sont actuellement en développement, mais seuls 30% devraient déboucher sur une exploitation commerciale d’ici 2015, selon le Global Biofuels Center (GBC).

En Europe, l’un des plus importants projets dans ce secteur est celui de Futurol, un projet de 74 millions d’euros lancé en septembre 2008 en France sur le pôle agro-industriel de Pomacle-Bazancourt, qui regroupe 11 partenaires (dont l’INRA et l’Institut français du pétrole) réunis dans la SAS Procéthol 2G (Procédé Cellulose Ethanol 2ème génération), et qui vise une production industrielle dans les 8 ans.

Néanmoins, cette filière nécessite de gros investissements, et le biocarburant produit reste très cher : son coût de production est deux fois plus important que l’essence ou le gazole.

Mais, estime Novozymes, le bioéthanol cellulosique deviendra compétitif face au gazole dans les 5 ans, avec un coût de production qui diminuera de 25%, à 1,5 dollar par gallon.

Et se profilent ensuite les biocarburants de 3ème et 4ème générations – surtout les algocarburants, produits à partir d’algues, qui suscitent tous les espoirs aux Etats-Unis, où de nombreuses start-up ont choisi ce créneau, généreusement financées par des investisseurs, comme Sapphire, soutenue par Bill Gates.