« Copenhague n’a aucun effet sur le marché du carbone »

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emmanuel-fagesL’approche du Sommet ne pèse pas sur les cours car le niveau d’attente des marchés sur un potentiel accord est très faible, selon Emmanuel Fages, analyste chez Orbeo.

GreenUnivers : le marché du carbone est-il impacté par l’approche du Sommet de Copenhague, qui débute dans trois semaines ?

Non, le Sommet n’a aucun effet sur le marché du carbone car le niveau d’attente des opérateurs est très faible. Le succès de Copenhague dépend en effet essentiellement de la position des Etats-Unis. Or Barack Obama a choisi de faire de la réforme du système de santé sa priorité. Toute l’administration américaine et le Congrès sont actuellement focalisés sur ce dossier. Du coup, la loi sur l’énergie, qui prévoit l’instauration d’un marché du carbone aux Etats-Unis, ne pourra pas être adoptée avant le premier trimestre 2010. Le Sommet de Copenhague arrive trop tôt par rapport à l’agenda américain : les Etats-Unis ne seront pas en mesure de s’engager. Du coup, la Chine ne devrait pas bouger non plus et la perspective d’un accord ambitieux s’envole. L’ONU cherche déjà un plan B : peut-être faudra-t-il prévoir une poursuite des négociations afin d’aboutir à un accord à la fin du premier semestre 2010. Ce n’est pas forcément dramatique, c’est juste un report, l’incertitude va se prolonger. Mais du coup, Copenhague n’exerce pas de pression sur le marché du carbone, il n’y a pas de spéculation. Les acteurs plus traditionnels des marchés, notamment les fonds, restent encore à l’écart.

GU : est-ce que pendant le Sommet, l’attitude des opérateurs pourrait évoluer en fonction des avancées au jour le jour ?

Il pourrait y avoir une plus forte volatilité des cours, une certaine nervosité, mais cela ne devrait pas aller au-delà.

GU : le cours de la tonne de CO2 (EUA) sur le marché spot a baissé ces dernières semaines. Est-ce que vous pensez que le mouvement va se prolonger ?

On a effectivement franchi un support technique à la baisse autour de 13,60 euros et le cours est aujourd’hui à 13,50 euros. Les volumes ne sont pas énormes mais la pression vendeuse est assez forte : les industriels ont des excédents en raison de la récession qui a fait chuter la production. Et à l’approche de la fin de l’année, ils cherchent à améliorer leurs résultats, d’où une volonté de vendre des quotas. Mais en face, il n’y a pas d’acheteurs, les électriciens sont déjà pourvus. La vague de vente pourrait se prolonger jusqu’à mi-décembre. Nous évoluons entre 13 et 15 euros mais les cours pourraient descendre dans une fourchette de 11 à 12 euros en fin d’année avant de remonter après le premier trimestre 2010.

GU : d’ici là, vous ne voyez pas d’autre facteur possible de hausse ?

Si l’hiver se révèle très rigoureux, les électriciens reviendront sur le marché pour compenser leurs émissions de CO2. De même, si la reprise s’accélère, les industriels seront moins vendeurs de leurs quotas excédentaires, mais cela est déjà partiellement inscrit dans les cours. Il faut surveiller attentivement l’évolution de la production industrielle. Je ne vois guère d’autre facteur faisant remonter les cours avant l’année prochaine, où les prix devraient se redresser et remonter peu à peu vers un niveau proche de 20 euros.

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1 COMMENT

  1. L’analyse de Monsieur Fage me semble pertinente, concernant l’effet de copenhague. Tout cela n’est qu’un contre temps. Cependant, ce qui m’interesse plus s’est de constater la bulle spéculative autour du carbone. Les opérateurs sont des industriels et ils savent ce qu’ils font, car ils ont les compétences techniques: à l’heure actuelle, n’ayant pas forcément une haine farouche des financier, je trouve cela tout de même risqué de voir autant de banque faiblement éthiques (JP Morgan, Goldmansachs…) investir massivement auprés des opérateurs. La liberté d’action des opérateurs ne risque t’elle pas de diminuer et les enjeux de kyoto d’être détournés? Ne risque t’on pas une décorrélation entre le marché carbone et les besoins réels en termes de réduction?.

    Déjà, en cette période de crise où le CO2 et « dévalorisé » (la encore il y a un problème : il y a friction entre un marché d’offre/demande et la demande environnementale => pas de demande de quota, prix du carbone chute, ce qui « justifie » moins d’investissement en termes de réduction des émissions) et les énergéticiens, d’aprés Pricewaterhouse & Cooper, préférent réduire la production d’éléctricité issue du charbon par augmentation des prix à la consommation plutôt que d’investir dans la séquestration CO2.

    Je ne veux pas faire mon « Vert » mais, l’UNFCCC surveille de prés les opérateurs, qu’elle fasse de même avec les investiseurs financiers afin d’éviter des « crises » carbones.

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