Phytorestore met la nature au service de la dépollution

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Image 2 18-00-34De notre envoyé spécial à Brosse-Montceaux, Alexandre Simonnet

Un site de 104 hectares où les déchets organiques sont traités par des végétaux : c’est le nouveau centre de phytorestauration de la société Phytorestore, à Brosse-Montceaux, en Seine et Marne.

Baptisé « Bioferme », le lieu est un pôle de traitement inédit dans son approche. Sa vocation est triple : accueillir une pépinière de plantes dédiées à la dépollution, un centre de traitement des déchets organiques par Jardin Filtrant et un laboratoire consacré au traitement des pollutions (eaux, air et sols) par des solutions végétales.

Derrière la phytorestauration se cache une révolution, à la fois industrielle et culturelle : elle permet d’assainir les eaux et les sols à la place des stations d’épuration, et de traiter les déchets organiques (boues industrielles, hydrocarbures…) jusque là enfouis ou incinérés. Une mutation vers une solution végétale et économique !

50 000 tonnes de déchets = 1600 tonnes de compost

Phytorestore, une société créée en 2004 et dont les fondateurs sont les seuls actionnaires, a investi 1,5 million d’euros dans sa Bioferme. Le site peut épurer jusqu’à 50 000 tonnes de déchets organiques par an.

La technique repose sur l’utilisation de Jardins Filtrants, concept élaboré en 1999 par Thierry Jacquet, fondateur et président de Phytorestore.

Sur des zones humides reconstituées, des plantes de la famille des roseaux (le phragmite australis ou le miscanthus, par exemple) et leur système racinaire (rhizosphère) assainissent la matière polluée.

Les plantes ne consomment par les déchets : ils sont emprisonnés dans un filtre de piégeage qui devient peu à peu une tourbe. Cette transformation est possible par des procédés de phytorestauration brevetés par la société.

De cette tourbe, 1 600 tonnes de compost peuvent être produit annuellement. Et comme les plantes ne sont pas contaminées, elles peuvent aussi être valorisées en fin de cycle : paillage végétale, litière animale, biomatériaux et surtout biomasse. Les déchets sont transformés en ressources : un bel exemple d’écologie industrielle.

Des marchés à l’export

« Il est aujourd’hui nécessaire de créer des filières avec de grands volumes pour que le procédé devienne attractif et rentable », estime Thierry Jacquet. Reste à surmonter les barrières culturelles et réglementaires, qui restreignent le traitement des déchets sur des sites isolés.

C’est l’une des raisons qui pousse la société cherche des relais de croissance à l’étranger pour vendre ses Jardins Filtrants : elle a déjà signé des contrats au Maghreb, en Chine (éco-quartier Wuhan) et en Europe l’Est.

Phytorestore est également sous-traitant pour les grands acteurs du secteur comme Veolia Environnement et Suez Environnement.

Une cible : les villes écologiques

Ses clients sont essentiellement des industriels, notamment de l’agro-alimentaire, la pharmacie et la cosmétique, pour des dépollutions ciblées, et des collectivités, comme Honfleur, Caen, Nanterre. Les petites communes sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser à la phytorestauration.

Sur ce marché très jeune, les acteurs sont encore peu nombreux en France. La société Phytorem, basée dans les Bouches-du-Rhône, fait aussi de la dépollution par les plantes avec des stations d’épuration végétales utilisant le bambou. Celui-ci présente une très forte capacité épuratoire pour les eaux usées et se valorise très bien en fin de cycle (ameublement, biomatériaux, biomasse).

Avec la construction de villes écologiques, le marché mondial est porteur. Phytorem devrait réaliser un million de chiffre d’affaire en 2009. Et Phytorestore affiche quant à elle un chiffre d’affaires annuel de quatre millions d’euros, pour une équipe de trente personnes. Sa Bioferme de Seine-et-Marne se veut déjà un modèle duplicable.

Alexandre Simonnet