Le solaire mondial suspendu aux aides allemandes

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LieberoseL’Allemagne va-t-elle fermer son robinet à subventions solaires ? Tous les fabricants mondiaux de panneaux, qu’ils soient allemands comme Q-Cells ou Solarworld, chinois comme Yingli ou SunTech Power ou américains comme First Solar ou Sunpower, redoutent les choix du nouveau gouvernement Merkel, sachant que les libéraux du FPD, le nouveau parti de la coalition, veulent réduire largement ces aides.

Car tout le secteur  profite d’un marché allemand devenu le plus grand du monde grâce au tarif subventionné de rachat de l’électricité solaire décidé par Berlin depuis 2000 qui figure parmi les plus généreux de la planète – un système  imité depuis par de nombreux pays.

Les géants allemands Q-Cells, n°1 ou n°2 mondial, et son rival Solarworld, sont les premiers à en profiter, mais aussi les groupes chinois puisque l’Allemagne est  devenu gros importateur de panneaux venus d’Asie, ainsi que les américains comme First Solar qui a fourni les panneaux de la récente méga-centrale inaugurée près de Berlin.

Le précédent espagnol

Le marché solaire est encore tellement dépendant des aides que si un grand pays les coupe, tout chancelle, comme l’a montré l’exemple de l’Espagne qui a brutalement stoppé ses subventions cette année, crise oblige. Une décision qui a été l’un des principaux facteurs d’une brutale surproduction et chute des prix.

La loi allemande sur les énergies renouvelables (EEG) prévoyait de toutes façon une diminution de 8 à 10% des tarifs de rachat (feed-in-tariff) l’an prochain, mais le FPD souhaiterait une réduction bien plus importante, pour la remplacer par un marché du carbone, qu’il juge plus efficace. Les Libéraux  veulent aussi une révision des tarifs tous les 2 ans, au lieu de tous les 4 ans. Tout dépendra des négociations qui démarrent ces jours-ci  entre les deux partis

Les tarifs actuels vont de 9,2 centimes d’euros par kWh pour l’éolien terrestre à 25 à 43 centimes d’euros par kWh pour les centrales solaires.

Réflexes protectionnistes

Dans le contexte de surproduction actuelle, alors qu’une dizaine de fabricants européens ont fermé boutique depuis fin 2008, les réflexes protectionnistes sont logiques : les groupes allemands Conergy et SolarWorld demandent à Berlin et à Bruxelles de freiner les importations de panneaux chinois en lançant des enquêtes anti-dumping.

Le PDG du groupe Solarworld, Frank Asbeck, a réclamé purement et simplement la suppression des aides de la loi EEG pour éliminer la concurrence chinoise. Un argument repris par le FPD, qui a lui aussi accusé les tarifs aidés allemands de profiter en fait aux groupes étrangers.

Les cellules solaires ont baissé jusqu’à -40% depuis un an, laminant les marges des entreprises. Si les aides allemandes rendent l’achat d’un panneau intéressant pour les consommateurs, ce n’est plus vrai pour l’industriel. Selon l’Association allemande du solaire, les fabricants nationaux ne gagnent presque plus rien à cause de la baisse des prix.

Une facture élevée

Qui plus est, la facture des aides est très élevée. Selon le magazine Die Zeit, elles coûteront au total à Berlin, d’ici leur extinction, quelque 77 milliards d’euros. Et malgré tous ces efforts, l’énergie solaire ne représente encore que 1% de la consommation allemande alors que le pays veut porter à 30% sa part d’énergies renouvelables d’ici 2020.

Du coup, les investisseurs se méfient : après une nette hausse en septembre, les actions des principaux groupes solaires ont chuté d’environ 10% depuis le 30 septembre. A l’exception de First Solar, qui a résisté grâce à un coup d’éclat : le leader américain de cellules solaires est entré dans l’indice SP500, une consécration pour le secteur des cleantech.