Conférence de Copenhague : la Chine veut limiter ses engagements

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Eric meyerLa Chine, pays le plus émetteur de CO2 du monde (24% des émissions mondiales), est prête à réduire « de façon notable » la croissance de ses émissions, a déclaré le président Hu Hintao le 22 septembre à New York. Un premier pas encore très timide dans la lutte contre le réchauffement climatique à moins de trois mois du sommet de Copenhague. L’éclairage d’Eric Meyer, journaliste et analyste à Pékin, qui a supervisé une étude détaillée sur « La stratégie de la Chine à Copenhague ».

GreenUnivers : le sommet de Copenhague est-il un rendez-vous important pour le gouvernement chinois ?

C’est un rendez-vous jugé de la plus haute importance. Les autorités chinoises en attendent beaucoup. Mais comme tous les sujets, il donne lieu à de longues et tortueuses négociations entre les provinces et Pékin. Il y a en fait deux clans qui s’opposent. D’un côté, des responsables politiques de la nouvelle génération : ils ont conscience de la nécessité d’agir pour lutter contre le réchauffement climatique. Pas seulement pour préserver l’environnement, mais aussi pour le bien de l’économie chinoise : si la température s’accroît dans des proportions importantes,  elle pourrait avoir un impact terrible, par exemple affecter la production de céréales avec une baisse de près de 30% des récoltes, selon les experts. Ce qui serait dramatique pour les paysans et, au-delà, pourrait mettre  en péril le système économique et politique du pays. Ces responsables politiques sont donc favorables à un engagement de la Chine. De l’autre côté, les responsables les plus importants restent opposés à des objectifs contraignants sur les émissions de CO2.

GU : quel est le clan le plus important ?

La « vieille garde » réfractaire à des engagements domine largement. Elle est bien consciente de l’impact sur l’environnement des émissions de CO2 mais elle fait passer la croissance du pays en priorité : la Chine a besoin de centrales à charbon, de construire des usines, des cimenteries, des aciéries… Tant pis pour la pollution, la prospérité économique passe avant. Ces responsables estiment aussi que les pays industrialisés polluent depuis plus longtemps et que donc la Chine a « le droit » de rattraper son retard : ils souhaitent qu’on la laisse tranquille pendant vingt ou vingt-cinq ans. Enfin, ils rappellent souvent que si la Chine est le pays qui émet le plus de CO2 au monde globalement, ce n’est plus vrai rapporté à sa population : par habitant, les Etats-Unis sont devant. Pour eux, la Chine n’a donc pas de leçons à recevoir des Américains.

GU : quel est la scénario le plus probable pour le sommet de Copenhague ?

La Chine va essayer de limiter l’impact du sommet pour elle. Elle pourrait tenter de s’entendre avec le lobby industriel américain qui ne veut pas d’un engagement trop fort à Copenhague : une alliance défensive. Mais elle sait aussi qu’elle risque de tout perdre si elle adopte une attitude trop défensive. Pekin évaluera donc le rapport de forces, comme toujours : si les Etats-Unis et l’Europe établissent un front commun et font pression sur la Chine, avec par exmple une menace de taxe sur ses produits si elle ne signe pas, elle devra accepter des concessions. Sinon, elle jouera sur leurs divisions pour sauver les meubles. Les Chinois se méfient de l’attitude d’Obama, mais en même temps, ils se rappellent que la président Clinton avait lui aussi voulu s’engager contre le réchauffement cliumatique, mais n’avait pas été suivu par son Congrès qui n’avait pas ratifié le protocole de Kyoto. Ils évalueront donc le poids réel d’Obama soigneusement.

GU :  Pékin n’est pas prêt à s’engager fortement, mais pourtant la Chine mise beaucoup sur les cleantech : elle investit massivement dans les énergies renouvelables, les voitures électriques…

Oui, cela lui permet notamment de montrer sa bonne volonté aux yeux du monde. Et puis il y a un intérêt économique capital : ces marchés sont amenés à se développer, la Chine le sait bien. Aujourd’hui, elle multiplie les coopérations dans ces secteurs, attire les industriels occidentaux pour s’inspirer de leurs technologies. Et ensuite, elle développera elle-même sa technologie dans ses secteurs et espère bien la revendre alors aux Occidentaux grâce à des coûts de production plus faibles. Elle a déjà de belles entreprises, comme Suntech dans la production de panneaux solaires ou BYD dans les véhicules électriques. Les Chinois font aussi des partenariats dans la capture et le stockage du CO2 et, là encore, dans dix ou vingt ans, ils revendront peut-être leur technologie aux pays industrialisés. C’est en tout cas leur objectif !