Vinod Khosla ne croit toujours pas aux batteries lithium-ion ni aux voitures électriques

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Vinod Khosla

Il dirige l’un des plus grands fonds d’investissement « verts » du monde, a investi dans tous les secteurs des cleantech (et il serait sur le point de lever encore 1 milliard de dollars pour de nouvelles acquisitions, selon le magazine Forbes) et notamment dans plusieurs start-up de batteries au lithium-ion destinées aux voitures électriques : Vinod Khosla, patron fondateur de Khosla Ventures, star de la Silicon Valley pour avoir fondé Sun Microsystems, devrait donc être un enthousiaste de ces nouvelles batteries sur lesquelles parient quasiment tous les constructeurs auto pour leurs futures modèles électriques.

Et pourtant, au fond, il n’y croit toujours pas, jugeant que des voitures tournant aux batteries au lithium-on seront trop chères pour le commun des mortels. « Les batteries au lithium-ion sont surcotées et pourraient bien être remplacées », a-t-il déclaré lors du sommet « AlwaysOn » à Stanford, dans des propos rapportés par le site earth2tech.

En fait, il n’y a jamais cru. Vinod Khosla est depuis toujours extrêmement sceptique sur les voitures tout électriques, qu’il avait qualifiées de « jouets » il n’y a pas si longtemps, en 2007, notamment à cause de la difficulté de résoudre l’équation de batteries suffisamment puissantes mais aussi économiquement abordables. Il trouve aussi que de telles voitures n’aident guère à combattre le réchauffement climatique.

Mais depuis, beaucoup de choses ont changé : les batteries au lithium-ion semblent au point, quoiqu’en restant très chères, des dizaines de start-up et de grands groupes se sont jetés sur le secteur, tandis que la plupart des constructeurs vont sortir des voitures tout électriques en 2010-2011. En homme d’affaires avisé, Khosla a donc finalement investi l’an dernier quelques millions de dollars dans deux start-up américaines de batteries lithium-ion : 2 millions dans la start-up Sakti3, devenue partenaire de General Motors, et 1 million dans Seeo, qui dit fabriquer des battteries lithium-ion plus stables.

Mais ce n’est qu’un manœ

uvre opportuniste, « parce qu’il y a un marché pour l’instant », reconnaît-il. Car sur le fond, Vinod Khosla reste négatif. « Le principal est de se souvenir de la loi économique de la gravité : le produit le moins cher gagnera au final. Je ne peux pas imaginer que les batteries lithium-ion pourront propager les voitures propres dans un proche avenir. Bien sûr, si le pétrole monte à 100-150 dollars le baril, cela change la donne ».

Pour lui, les voitures hybrides ne sont que du greenwashing. Il en conduit une, et juge la Prius « intéressante », mais estime qu’elle fournit une solution très coûteuse, et donc très limitée, au problème de la réduction des gaz à effet de serre. « Il vous suffit d’acheter un pot de peinture et de repeindre votre toit en blanc, et vous économiserez davantage de carbone qu’en conduisant une Prius », a-t-il lancé. Et ne parlons même pas des voitures tout électriques « car aux Etats-Unis, en Chine et en Inde, elles seront branchées sur des montagnes de charbon pour des années encore ».

En revanche, dans les autres secteurs des cleantech, pour Vinod Khosla, les subventions décidées aux Etats-Unis comme en Europe pourraient être une clé pour rendre compétitives de nombreuses technologies propres. « Chaque investissement que nous réalisons devrait pouvoir être compétitif sur des marchés sans subventions dans les 5 à 7 ans ». Un point crucial car les grands marchés que sont la Chine et l’Inde n’accordent pas de subventions. Il faut donc, selon lui, que les entreprises américaines profitent des aides et réglementations européennes et américaines pour réduire leurs coûts jusqu’à ce que leurs technologies soient concurrentielles sans subventions.

Mais globalement, Khosla estime que les cleantech restent l’opportunité du siècle, plus même que l’internet. Pour lui, comme au début de l’internet dans les années 90, « nous ne savons pas quel changement technologique changera la donne sur le marché de l’énergie. En 1990, nous pensions tous que l’avenir du numérique était à la télévision interactive. L’internet est venu par la petite porte, porté par un instigateur inattendu : le navigateur. Pour l’instant, il est trop tôt pour dire quel sera l’instigateur du secteur de l’énergie. Des changements radicaux pourraient survenir, par exemple des batteries d’un autre type, ou encore un autre mode de stockage, que nous ne prévoyons pas. »

En attendant, il prédit des échecs retentissants dans les cleantech. « Ce qui est incroyable, c’est la taille de ces marchés. Et comme il s’agit de questions scientifiques et technologiques plus complexes, nous pouvons nous attendre à un plus grand taux d’échecs. Mais les gains pourraient se révéler bien plus importants. Plus d’argent sera gagné dans les cleantech que dans n’importe quel secteur de la Silicon valley. Et de loin ».