Se chauffer à la viande jetée par Tesco, logique mais dur à avaler

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viandeL’initiative de Tesco, première enseigne de supermarchés en Grande-Bretagne, semblait pourtant inattaquable. En mars dernier, l’un des leaders mondiaux de la nourriture animale, PDM,  avait annoncé que Tesco lui enverrait sa viande invendue avariée pour la faire brûler dans des centrales à biomasse et en tirer de l’électricité et de la chaleur — plutôt que de l’envoyer à la décharge. Cette électricité peut être envoyée dans le réseau électrique national.

Tesco compte lui envoyer 5.000 tonnes de viande par an. De quoi alimenter en énergie 600 foyers ! PDM explique fièrement comment le groupe a développé, en supplément de son activité de fabrication de nourriture pour chiens ou chats, une production d’énergies renouvelables à partir des déchets de nourriture que lui fournit la grande distribution, pas seulement Tesco mais aussi Sainsbury et d’autres encore, soit par la production de biogaz (dans des centres de fermentation) soit dans des centrales à biomasse – des incinérateurs qui brûlent ces déchets pour en tirer de l’énergie.

Chaque semaine, avait expliqué la société, PDM collecterait la viande invendue auprès des  11 plates-formes de recyclage de Tesco et les enverrai dans ces centrales. Le groupe PDM estime avoir été le premier au monde à développer de telles techniques de transformation de déchets de nourriture en électricité, dans des centrales à grande échelle qui tournent depuis 2000.

Mais la décision de Tesco a fini par faire monter au créneau les associations végétariennes, qui l’ont accusé la semaine dernière de production « macabre » d’énergie et jugé scandaleux que des animaux meurent pour finir dans le réseau électrique. « Il faut se demander pourquoi tant de surplus et pourquoi tant d’animaux meurent pour le fournir » ?, s’est indigné un représentant de l’association végétarienne et de protection des animaux Viva. « Beaucoup de végétariens seraient horrifiés de savoir que leur électricité vient en partie de viande invendue ».

Tesco a répondu qu’il avait réussi à éviter de mettre en décharge désormais tous ses déchets, doit 530.000 tonnes par an, grâce au recyclage non seulement de la viande mais aussi de ses emballages, sachets plastiques, etc. Un porte-parole du distributeur à déclaré au Daily Telegraph que son but était de ne plus avoir de surplus jetés, mais qu’une petite proportion de déchets était inévitable même avec une supply-chain très efficace, et que la quantité de viande jetée était une minuscule proportion de la viande achetée. Si elle était mise en décharge, elle produirait du méthane nuisible et inutile.

Si vraiment les tonnes de viande avariées sont inévitables dans nos pays de grande consommation, la transformer en électricité compenserait quand même un petit peu les émissions qu’engendre la production de viande, sachant que l’empreinte carbone d’un simple hamburger est bien supérieure à nombre de produits fabriqués, sans parler de son empreinte eau, liée à la grande quantité d’eau (de nettoyage notamment), nécessaire au traitement de la viande et aux abattoirs. Sans même mentionner  les émissions de gaz du bétail…