Schneider Electric Ventures, tête chercheuse

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schneider_photo-benoitInterview de Benoît Toulouse, Directeur de Participations chez Schneider Electric Ventures

Avec ses 50 millions d’euros sous gestion et plus de 5 millions investis par an, Schneider Electric Ventures paraît modeste face aux grands fonds spécialisés sur les cleantech, comme Demeter, qui gère 300 millions ou 123Venture qui a investi près de 30 millions depuis début 2009. Mais il pèse davantage que son bilan, car il est l’émanation directe du groupe Schneider Electric, sa tête chercheuse dans l’innovation au plan mondial, et sa présence dans un tour de table attire souvent d’autres investisseurs. Le green business ne représente pas la totalité de son activité; néanmoins il est l’un des principaux actionnaires de deux des plus belles start-up des greentech en France, l’installateur solaire Solaire Direct et la société d’efficacité énergétique Watteco. Schneider Electric Ventures envisage maintenant, via la levée d’un nouveau fonds, d’étendre son activité dans de nouvelles géographies et de s’imposer comme un acteur majeur dans les secteurs des cleantech, des technologies avancées et de la communication.

GreenUnivers : quelle est votre stratégie d’investissement ?

Nous investissons de l’ordre de 5 à 8 millions d’euros par an dans 2 à 4 nouvelles opérations avec des montants pouvant aller de 0,5 à 3 millions d’euros par opération. Au total, nous avons investi 60% de notre fonds dans une vingtaine d’entreprises depuis la création du FCPR en 2003. Notre objectif est clairement de continuer d’investir sur le même rythme. Notre durée d’investissement est de 3 à 5 ans en moyenne ; comme tout VC, nous avons vocation à accompagner la croissance de nos sociétés puis à céder nos titres. Nous travaillons d’ailleurs sur quelques belles sorties cette année malgré la crise, probablement sous forme d’acquisitions par un tiers. Au niveau sectoriel, nous regardons des dossiers où nous disposons d’une expertise forte via le groupe Schneider Electric. En créant des liens entre le groupe et les start-up que nous rencontrons et/ou finançons, nous sommes sources d’échanges et de coopérations à forte valeur ajoutée avec le groupe, ce qui participe à l’accélération de la croissance des start-up et l’augmentation des retours financiers de nos investissements. Nos investissements français les plus significatifs dans le secteur des cleantech sont ceux réalisés dans Solaire Direct et Watteco dans lesquels nous sommes rentrés dès le premier tour. Dans le green business, notre portefeuille comprend également la société américaine CPower, spécialiste des solutions de « demand-response » (gestion intelligente de charges), la société allemande O-flexx, acteur de rupture dans la thermoélectricité, la société américaine SemiSouth, fabricant de composants d’électronique de puissance en carbure de silicium dont une application est d’accroître significativement l’efficacité des onduleurs solaires et enfin la société française Tiempo, fournisseur de composants électroniques très basse consommation basés sur une technologie asynchrone.

GU : est-ce un bon moment pour investir ?

En terme d’innovations et de nouvelles technologies, c’est toujours le bon moment pour investir. La période actuelle est en plus très intéressante en terme financier, les valorisations étant plus raisonnables. Nous avons finalisé depuis le début de l’année deux nouveaux investissements : Agilence aux Etats-Unis et Jet Metal Technologies en France. Le cleantech est clairement un des secteurs porteurs qui représente une part croissante de notre activité étant donnée la position de Schneider Electric comme leader dans la gestion d’énergie. Mais attention au niveau VC à une éventuelle bulle spéculative et au mélange des genres. Tout ne nous intéresse pas dans ce secteur, nous nous focalisons sur les domaines où il y a une réelle innovation, des valeurs ajoutées fortes pour les clients et d’importantes perspectives de croissance. Nous nous intéressons par exemple à des thèmes comme l’énergie distribuée, la récupération, le stockage et le transfert d’énergie, les infrastructures pour véhicules électriques et l’efficacité énergétique dans les bâtiments, l’industrie ou les datacenters.

GU : La France est elle forte dans les cleantech ?

Oui…  mais j’aimerais vous répondre un oui plus convaincu. Sur une technologie donnée, nous avons à plusieurs reprises identifié des acteurs à l’étranger qui avaient plusieurs années d’avance sur des acteurs français. C’est pourquoi nous considérons chez Schneider Electric Ventures l’innovation dans un cadre plus large au niveau géographique et nous ne nous focalisons pas sur un seul pays. En effet, la présence en France de certains groupes de référence autour des cleantech a permis de développer certains pôles d’excellence mais a également freinée l’émergence de certains marchés et de certaines start-ups. En créant des liens entre les start-up au niveau mondial et des grands groupes français comme Schneider Electric, nous espérons bien contribuer à changer cela…