Comme de Gaulle, mais en vert ?

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gaulleAu lendemain de la percée électorale des Verts, Nicolas Sarkozy a tenu à s’afficher encore plus vert. Mais aussi, non sans un atome de provocation, à citer en comparaison la politique nucléaire de l’Etat lancée par le général de Gaulle en 1960, point de départ de toute une filière, toute une économie.

«Nous devons prendre des décisions pour que les énergies renouvelables soient aussi importantes que celles qui ont été prises par de Gaulle dans les années soixante en faveur du nucléaire. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est l’un et l’autre », a-t-il déclaré mardi après avoir visité l’Institut national de l’énergie solaire, en Savoie.

De Gaulle, lui, avait assisté, en tenue spéciale anti-radiations, depuis la passerelle du croiseur « De Grasse », à l’explosion de la troisième bombe nucléaire française dans le Pacifique. Autre temps…

Sans aller exactement sur le terrain des Verts, il a même insisté sur le mariage de ce couple nucléaire-renouvelable qui ailleurs qu’en France, n’existe guère qu’aux Etats-Unis, et plaidé pour une parité d’investissement : « Là où on dépense un euro pour le nucléaire, on dépensera un euro pour les énergies propres », a-t-il dit, ajoutant vouloir « préserver un consensus sur le nucléaire et arriver à faire tolérer le nucléaire par ceux qui y sont opposés ».

Beau joueur face aux Verts – sans difficulté, vu le résultat des Européennes – Nicolas Sarkozy a même félicité le service public pour avoir diffusé deux jours avant les élections, le film de Yann Artus-Bertrand, « Home ». Mais il a aussi fait valoir les précédentes initiatives « vertes » du gouvernement comme le Grenelle de l’environnement, ou encore le moratoire sur les OGM et la décision de ne pas ouvrir une mine d’or en Guyane.

Et puis surtout, « la France doit être leader » des énergies renouvelables, a-t-il proclamé. Un programme bien difficile à réaliser, car la France n’a pour l’instant aucune filière industrielle solide ni dans l’éolien, ni dans le solaire, où nos voisins européens – Espagne et Allemagne – sont bien loin devant, comme l’a récemment déploré le patron d’EDF Energies Nouvelles Paris Moratoglou, qui a mis les pieds dans le plat.

Déjà Jean-Louis Borloo a fixé un objectif élevé : doubler la production d’énergies renouvelables en France pour 2020. Elle devrait croître de 50% d’ici à 2012 et de 120% d’ici à 2020 et représenter 23% de la consommation énergétique du pays en 2020.(Voir notre article Repère : les énergies renouvelables en France en 2020).

Certains experts proposent des stratégies de niches, par exemple miser sur les films photovoltaïques à couche mince, plutôt que de courir derrière les producteurs allemands ou chinois de panneaux photovoltaïques classiques. Ou derrière la Chine qui a mis les bouchées doubles.

Mais la France a des atouts : elle a mis en place un tarif subventionné pour l’électricité depuis 2006 parmi les plus généreux au monde, qui commence à faire décoller le solaire, avec récemment dans le Midi plusieurs projets d’envergure mondiale, tant en centrales solaires au sol (et par Voltalia, petit groupe français) qu’en toits solaires, sans oublier le décollage du solaire chez les particuliers. Dans l’éolien aussi, de plus en plus de parcs trouvent des investisseurs.

D’ailleurs, chez les investisseurs de la Silicon Valley, la France figure désormais parmi les pays les plus intéressants pour y investir dans les greentech, là où, après un lent démarrage, un boom est à venir.

Nicolas Sarkozy pourrait faire davantage qu’un discours : il pourrait annoncer, et avant la fin du mois de juin, des mesures d’importance dans les greentech. A suivre.