Marché du carbone : après le rebond, les mouvements se tassent

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emmanuel-fagesLe cours du CO2 (EUA) sur le marché spot a repris de la vigueur pour se situer aujourd’hui autour de 13,50 euros. Selon Emmanuel Fages, analyste d’Orbeo, en l’absence de gros mouvements de vente de la part des industriels et des utilities, il devrait évoluer entre 14 et 16 euros d’ici à la fin de l’été.

GreenUnivers : le cours du CO2 (EUA) sur le marché spot a progressé ces dernières semaines. Quels sont les facteurs de hausse ?

Depuis fin avril, où les cours sur le marché spot se situaient autour de 13 euros la tonne, les prix ont en effet continué à remonter sur un sentiment de début de reprise économique qui a revigoré l’ensemble des marchés, notamment les marchés actions. Les acteurs économiques ont l’impression d’avoir touché le fond. La production industrielle pourrait redémarrer et donc aussi la demande en énergie. Les cours ont grimpé jusqu’à 16 euros avant de redescendre entre 13 et 14 euros en deux à trois jours mi-mai, et ils se situent à nouveau sur ces niveaux après être remontés vers 15 euros. Certains investisseurs ont profité de la hausse pour prendre leurs bénéfices.

De façon plus fondamentale, on observe une évolution en ciseaux entre les prix du gaz et ceux du charbon : alors que le gaz baisse depuis plusieurs semaines sous l’effet d’une surproduction, le charbon a suivi le pétrole et est beaucoup remonté. Il a pris environ 15% en quelques semaines : les signaux de reprise venus de Chine, qui fait par exemple de nouveau appel au fret, signe d’un redémarrage du commerce, ont joué. Les électriciens en profitent pour repasser au gaz et ne sont plus acheteurs, voire vendent donc du CO2. Si cette tendance perdure, les électriciens pourraient continuer à vendre, mais pas dans des gros volumes.

GU : quel est votre scénario pour les prochaine semaines ?

Aujourd’hui, le cours est à 13,5 euros, il devrait, d’ici à la fin de l’été,  évoluer entre 14 et 16 euros, sans direction nette. Il y a assez peu de vendeurs sur le marché : les industriels qui ont trop d’EUA restent prudents et les gardent car ils ne savent pas comment se passera le fin de l’année et s’ils n’en auront pas besoin. Les industriels et les utilities ne devraient pas prendre de décisions d’achat ou de vente très importantes. Quant au seul facteur de hausse dans les prochaines semaines, ce pourrait être un été chaud : dans ce cas, la demande en électricité augmenterait, entraînant le prix du CO2.

GU : et à plus long terme ?

A partir de septembre, on devrait y voir plus clair sur les perspectives de reprise et de rebond de la production industrielle et de la demande en énergie. Au dernier trimestre, les industriels qui sont aujourd’hui longs (avec  trop de quotas de CO2), connaîtront davantage leurs besoins et devraient vendre à ce moment là. D’autant qu’ils auront besoin d’afficher une belle fin d’année. Et de leur côté, les utilities arrêtent traditionnellement d’acheter à cette période. Il faut donc s’attendre à un décrochage significatif en fin d’année, et les cours pourraient retomber entre 10 et 12 euros. Tout dépendra des ventes des industriels : même s’ils sont longs, beaucoup anticipent la phase 3 du système européen d’allocation de quotas, qui démarrera en 2013 et pour laquelle ils savent qu’ils seront courts. Certains pourraient donc préférer ne pas vendre pour éviter de devoir racheter par la suite. Comme les EUA leur ont été alloués gratuitement, ce « stock » ne pénalise pas leurs résultats.