Le marché du biogaz devrait enfin accélérer

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raniaUn potentiel important, une volonté politique de développer la filière : le marché du biogaz, encore marginal en France, devrait s’y développer rapidement dans les prochains mois, analyse Rana Adib, experte biogaz et responsable des activités énergies renouvelables au sein de la société Enea Consulting.

GreenUnivers : Quel est le potentiel énergétique du biogaz ?

Le biogaz est produit par dégradation biologique de matière organique en absence d’oxygène. Industriellement, ce process a spontanément lieu au sein des installations de stockage des déchets non-dangereux (ISDND) et peut être mis en œuvre dans des conditions optimales, contrôlées et pilotées au sein d’un réacteur, nommé digesteur, fermenteur ou encore méthaniseur.

Du fait de sa teneur en méthane, le biogaz est un gaz combustible qui peut être valorisé énergétiquement, sous forme d’électricité et/ou de chaleur. Depuis quelques années, certains pays développent la production du biométhane : le biogaz est traité pour atteindre une qualité équivalente à celle du gaz naturel. Celui-ci est alors soit injecté dans le réseau de gaz naturel, soit distribué pour utilisation en tant que biométhane carburant.

Le marché du biogaz est segmenté en trois secteurs principaux selon l’origine de la matière organique : secteur urbain, secteur industriel et secteur agricole. La méthanisation territoriale englobe potentiellement ces trois secteurs, tout en étant fortement ancrée dans le secteur agricole.

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GU : Comment se situe le marché en Europe ?

Le développement du marché biogaz dépend du cadre politique et réglementaire sur le développement des énergies renouvelables et le traitement des déchets organiques. Le paysage européen est assez disparate concernant la dynamique du marché biogaz, le développement des différentes filières de production, ainsi que son utilisation et valorisation. C’est surtout en Allemagne, Autriche, Danemark et Suisse, qu’il existe depuis plusieurs années une grande dynamique dans le développement, notamment de la méthanisation.

GU : Et en France ?

Par comparaison aux autres pays européens, le secteur du biogaz français s’est développé tardivement. Avec l’instauration des premiers tarifs de rachats d’électricité d’origine renouvelables en 2001, la filière biogaz française reçoit un premier soutien politique, qui a principalement permis de développer la valorisation électrique du biogaz de grandes ISDND (puissance installée supérieure à 2 MWel) ayant un faible coût de raccordement.

En 2002, l’instauration d’un tarif de rachat pour les unités de méthanisation n’a pas entraîné le développement de ce marché.

C’est seulement en 2006, avec l’augmentation des tarifs de rachat électrique, que le marché biogaz reçoit une réelle impulsion politique, qui a permis d’initier en France le développement de la méthanisation. Récemment, l’appui au biogaz a été renforcé par la mise en place du fonds chaleur qui apporte un soutien financier supplémentaire aux projets biogaz pour la production de chaleur.

En outre, la directive européenne du 26 avril 1999 (1999/31/CE), qui impose la réduction des quantités de déchets biodégradables mises en décharge joue en faveur du développement de la filière de méthanisation (hors ISDND). Quant aux engagements pris par la France dans le cadre du Grenelle de l’environnement, ils contribuent à faire du biogaz une solution d’avenir.

GU : Faut-il s’attendre à une forte hausse de la production ?

Elle devrait en effet augmenter dans les prochaines années. D’après les données du Baromètre Biogaz  EurObserv’ER, la production totale d’énergie primaire de biogaz en France était de 309 ktep en 2007 (contre 2 383 ktep pour l’Allemagne). Plus de la moitié de l’énergie primaire produite en France à partir de biogaz provient encore d’ISDND. Les STEP urbaines et industrielles représentent quant à elles 45%, tandis que la production d’énergie primaire de biogaz provenant des unités de méthanisation agricoles, territoriales ou des méthaniseurs d’ordures ménagères représente à peine plus d’1%.

L’évolution du contexte politique a cependant provoqué le lancement d’un nombre important de projets de méthanisation, en particulier dans le secteur agricole et territorial (une centaine de projets) ainsi que dans le traitement des ordures ménagères / de la fraction fermentescible des ordures ménagères. L’Ademe estimait en 2008 que beaucoup de projets devaient voir le jour dans le courant de 2009, mais de nombreuses initiatives se heurtent à des difficultés pour passer à l’étape « réalisation ». Compte tenu de la volonté politique d’appuyer la filière biogaz, on peut s’attendre à ce que ces projets voient le jour en 2010.

GU : La France possède-t-elle une filière industrielle dans ce domaine ?

Conformément à l’évolution du marché, l’industrie du biogaz française, notamment dans les filières de méthanisation (hors stations d’épuration), est globalement assez jeune. Les filières historiques (biogaz d’ISDND et de stations d’épuration) sont dominées par les grands acteurs comme Veolia Environnement, Suez Environnement et Saur. Dans les nouvelles filières de méthanisation (agricole, territoriale et ordures ménagères), le paysage est principalement dominé par une présence de technologies, de savoir-faire et donc d’industriels non-français.

Toutefois, il existe une forte émergence de développeurs de projets et d’opérateurs français, notamment dans le domaine de la méthanisation agricole et territoriale, qui nécessitent une bonne connaissance locale ou régionale et un ancrage dans le territoire. Il est fréquent que ces acteurs français aient des partenariats technologiques avec des industriels non-français.