Eolien : l’avenir est à la maintenance

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o-duguet2Dans l’éolien en France, tous les grands projets sont lancés, l’avenir est à la maintenance, explique Olivier Duguet, fondateur et ancien PDG de la Société Française d’Eoliennes, revendue au groupe d’énergie italien Sorgenia Spa en 2007. A la tête du  fonds Hanalei Finance, créé en septembre 2007 et  doté de 10 millions d’euros, il a pris des participations dans six sociétés, dont les prestataires Windtechnics et Wind Direct Services.

GreenUnivers : Comment jugez vous le marché français de l’éolien aujourd’hui ?

Tous les grands projets d’éolien terrestre sont aujourd’hui lancés et je ne vois guère de nouvelles possibilités de développement. Les bons terrains très exposés aux vents, notamment dans le Massif central et la Vallée du Rhône, sont pris, avec des fermes déjà construites ou en projet. Aujourd’hui, avec plus de 900 MW installés en 2008, nous atteignons un total de 3 400 MW. Le potentiel du marché est de 6 à 7 000 MW, les objectifs du gouvernement de 12 000 MW me paraissent illusoires. On peut toujours installer des éoliennes dans des régions peu ventées, mais elles ne produiront pas beaucoup d’électricité. Sauf à miser sur des innovations technologiques pour améliorer la portée des turbines, qui pourraient leur permettre de tourner avec des vents de 5 mètres seconde.

GU : vous avez pris des participations dans deux sociétés qui font de la maintenance, Windtechnics et Wind Direct Services. Est-ce là que vous voyez le plus de perspectives ?

Clairement, oui. La maintenance est capitale : il faut compter, en moyenne, deux interventions de 60 heures par an pour qu’une éolienne tourne. Mais encore faut-il le faire au bon moment. Une turbine de 1,5 MW, la plus répandue en France, représente un investissement de l’ordre de deux millions d’euros et génère un chiffre d’affaires d’environ 10 000 euros par mois. Mais elle réalise l’essentiel de ce chiffre sur 4 jours seulement par mois, ceux où il y a le plus de vent. Autant dire qu’il ne faut pas les rater. Si une panne se produit la veille d’un grand pont ou s’il faut 15 jours pour trouver une pièce de rechange, la perte d’exploitation peut être importante. Et si c’est la première éolienne de la ligne qui s’arrête parce qu’elle a été frappée par la foudre, c’est toute la ligne qui est stoppée tant qu’on ne la réactive pas. Les services de maintenance 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sont donc capitaux.

GU : le vieillissement des parcs va-t-il faire émerger un marché ?

Bien sûr. Les installations sont encore très jeunes, mais elles vont vieillir vite. Les éoliennes de 3 MW ont des pales de 50 à 60 mètres avec un rotor d’une puissance de près de 120 MW. On a très peu d’historique sur ce type de matériel, la référence technologique la plus proche est celle des bateaux en fibre de carbone. Une éolienne est conçue pour durer vingt ans, en moyenne, mais beaucoup de ses composants ont une longévité qui ne dépasse pas 5 ou 10 ans. Aujourd’hui, la plupart des constructeurs offre à l’exploitant une garantie de deux ans d’une efficacité à 97% s’il y a du vent. Cela ouvre des perspectives pour couvrir les années qui suivent ! Or, il y a encore très peu d’entreprises sur ce segment de marché. Les principaux acteurs sur le marché français sont allemands et espagnols.

GU : le recyclage peut-il aussi représenter une opportunité ?

C’est moins évident, même si  la loi française oblige les propriétaires à démanteler leurs éoliennes en fin de vie, avec une obligation de provisionnement qui sera compensée par les gains sur les matériaux recyclés. Une éolienne est à plus de 90% composée d’acier – entre 80 et 120 tonnes  par éolienne quand on intègre les fondations et la tour – que l’on sait déjà très bien recyclé. D’autres matériaux sont plus délicats à recycler comme la fibre de carbone. Et puis, il y aura tout un marché secondaire qui va se mettre en place pour des turbines d’occasion. Il peut y avoir des opportunités dans ce domaine.