Photovoltaïque : la France doit miser sur les couches minces pour rattraper son retard

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img_3545L’envolée du solaire en France profite aux fabricants étrangers car notre pays n’a pas de filière industrielle, explique Benjamin Cros, senior manager en charge des cleantech au sein du pôle Stratégies de PricewaterhouseCoopers (*). Pour refaire son retard, elle aurait tout intérêt, selon lui, à miser sur les couches minces, une technologie prometteuse.

GreenUnivers : vous venez de publier une étude sur la filière photovoltaïque française. Quel constat dressez-vous de son développement ?

Le développement de la filière aval est impressionnant : nous avons recensé 180 sociétés, contre 30 il y a deux ans. Le marché de la distribution et de l’équipement en panneaux photovoltaïques est par nature local, d’où cette effervescence. Beaucoup de sociétés se lancent en profitant des tarifs d’achat garantis fixés par l’Etat. Ils assurent une bonne croissance au moins jusqu’en 2012, ensuite, on ne sait pas quelle sera la politique de l’Etat. A terme, le mouvement de consolidation est inévitable.

GU : et en amont ?

C’est l’inverse, la France n’a pas de grands fabricants de cellules et modules photovoltaïques. Si bien que le boom actuel du marché profite aux fabricants étrangers, notamment allemands, japonais et chinois. Nous avons des atouts en termes de recherche, par exemple avec les travaux du CEA sur l’utilisation d’un silicium métallurgique pour produire des panneaux moins chers, ou le consortium PV Alliance qui regroupe EDF EnR, Photowatt et le CEA. Mais notre capacité de production est faible. Nous n’avons pas réussi à développer une filière industrielle, à la différence par exemple de l’Allemagne : elle a investi très tôt, a créé le marché pour susciter une demande, et du coup, des acteurs industriels ont émergé, comme Q-Cells, devenu l’un des géants mondiaux de la production de panneaux et cellules PV.

GU : est-il aujourd’hui possible de rattraper ce retard ?

C’est compliqué : le développement d’une telle industrie nécessite de gros investissements, ce qui n’est pas simple dans la période actuelle. On le voit bien avec la récente mise en redressement judiciaire de Silpro, qui devrait être le grand projet industriel solaire français et dont l’un des bailleurs de fonds s’est retiré. Et la chute du prix des panneaux en silicium depuis quelques mois accroît les difficultés à se lancer sur le marché. Il faudrait une alliance entre plusieurs acteurs privés ou une implication d’acteurs de grande envergure dans l’électricité ou le bâtiment et un coup de pouce des pouvoirs publics pour faire émerger un acteur industriel. Une autre piste consiste à attirer des investissements étrangers pour implanter des usines d’assemblage sur le territoire.

GU : si le marché du silicium est délicat, la France doit-elle miser sur une autre technologie ?

La priorité pourrait être donnée aux couches minces. Elles sont aujourd’hui loin derrière les panneaux en silicium, mais elles progressent rapidement : elles représentent déjà 20% du marché mondial du PV, alors que beaucoup d’experts comptaient sur 18% en 2012. C’est une technologie très prometteuse, dont les rendements sont élevés mais qui reste chère à produire et sur laquelle on trouve essentiellement des fabricants américains. On voit émerger des produits, comme le CIGS (cuivre-indium-gallium-selenium) ou le cadmium. L’avantage, c’est que les jeux ne sont pas faits, il y a des places à conquérir si on met la priorité sur ce domaine en R&D et en industrialisation.

(*) une opinion partagée par des acteurs lors du colloque sur « Les éco-industries françaises et l’export » organisé par Anne-Marie Idrac, secrétaire d’Etat au Commerce extérieur : voir notre article.