En Australie, le marché du carbone victime de la crise

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australieflagLa crise économique mondiale fait une nouvelle victime : le futur marché du carbone australien. Alors qu’il s’était engagé à lancer un marché de quotas de CO2 mi-2010, le Premier ministre Kevin Rudd vient d’annoncer qu’il ne verrait finalement pas le jour avant l’été 2011.

Ce report d’un an intervient alors que le Premier ministre avait assuré ces derniers mois qu’il n’était pas question de modifier le calendrier malgré la crise, au nom de « la défense de l’environnement et des générations futures ».

Le gouvernement travailliste de Kevin Rudd a donné plusieurs signes de son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique depuis son arrivée au pouvoir en 2007, rompant avec la politique de son prédécesseur. Il a d’abord ratifié le protocole de Kyoto qui engage le pays à limiter la hausse de ses émissions de CO2 à 8% d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990.

Il a ensuite adopté d’autres mesures, comme le développement des énergies renouvelables et la mise en place d’un système d’allocation de quotas, un marché du carbone pour toutes les grandes installations émettant plus de 25 000 tonnes de CO2 par an.

Environ 1 000 entreprises et 75% des émissions de CO2 du pays doivent être couvertes pour la première phase de cinq ans de ce marché, inspiré du système européen d’allocation de quotas. Seule l’agriculture, grosse émettrice de CO2, doit rester en-dehors du système dans une première période. L’objectif fixé est modeste mais tout de même plus drastique que celui du protocole de Kyoto : une baisse de 5% des émissions de l’Australie par rapport au niveau de 2000.

Les milieux industriels, qui avaient obtenu des mesures de compensation (notamment plus de 2 milliards de dollars australiens d’aides), ont fait un fort lobbying auprès du gouvernement ces dernières semaines, arguant de leurs difficultés économiques pour demander un report. Ils ont également obtenu que le prix des permis d’émissions soit gelé à 10 dollars australiens la tonne pendant la première année, de juillet 2011 à 2012.

Kevin Rudd a cependant dû faire un geste en faveur des défenseurs de l’environnement en annonçant un effort de réduction des émissions de CO2 plus important que prévu : 25% en 2020 par rapport au niveau 2000, soit 15% de plus que ce qui était prévu initialement, sous réserve toutefois d’un accord ambitieux à Copenhague.

L’Australie n’est pas le seul pays à préparer un marché du carbone. Alors que l’Europe a mis en place son dispositif dès 2005, d’autres sont en train de suivre son exemple, comme les Etats-Unis où Barack Obama a officiellement annoncé sa mise en place au niveau fédéral, et le Japon, avec un système volontaire peu contraignant pour les industriels.