Le capital-investissement, moteur des cleantech

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raybaudEn pleine crise financière, les fonds d’investissement deviennent les principaux bailleurs de fonds des projets d’énergies renouvelables, analyse Philippe RAYBAUD, avocat associé au cabinet CGR Legal.

« Les fonds d’investissement jouent un rôle fondamental dans le financement des « technologies propres » (cleantech) en y apportant une part significative des fonds nécessaires à leur développement. Le rôle que le capital-investissement est amené à jouer dans le financement de ce secteur est d’autant plus important que la crise financière actuelle rend le recours au crédit particulièrement difficile pour les sociétés.

A partir des données fournies par l’UNEP (United Nations Environment Programme, 1), nous considérons qu’environ 17,2 milliards d’euros ont été investis par des fonds d’investissement dans le monde dans le secteur des « technologies propres » en 2007, que ce soit dans le cadre d’opérations de capital-risque (environ 2,7 milliards d’euros), de capital-développement (2,8 milliards d’euros), de capital-transmission (2,5 milliards d’euros), d’investissements « privés » dans des sociétés cotées de type PIPE ou opérations sur des marchés non réglementés (1,5 milliard d’euros) ou d’investissements « infrastructures », tels que des investissements dans des projets de centrales éoliennes ou photovoltaïques (7,4 milliards d’euros).

Depuis le début de la crise financière, les fonds infrastructures se sont imposés comme des acteurs incontournables dans le financement de la construction de nouvelles capacités de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Par rapport aux petits développeurs de projets, ils peuvent faire valoir leurs liens professionnels privilégiés avec les établissements de crédit et leur expertise dans le financement de projet pour mettre en place des financements bancaires que des intervenants moins avisés ne peuvent plus espérer. Certains fonds d’investissement ont même la particularité de financer l’intégralité des coûts de construction de tels projets en fonds propres, sans recours à l’emprunt bancaire.

C’est par ailleurs dans le secteur du capital-risque (venture capital) que les fonds d’investissement pourraient être amenés à jouer un rôle particulièrement important en France dans les années à venir. Il ressort d’une étude conduite par Aelios Finance en janvier 2009, auprès de 62 fonds d’investissement français, qu’environ 70% des fonds de capital-risque se déclarent prêts à investir dans les technologies propres ou liées aux énergies renouvelables.

Des investissements de un à  dix millions d’euros

La principale caractéristique d’un investissement de capital-risque est qu’il porte sur une idée ou une technologie. Ces investissements se traduisent généralement par des prises de participation minoritaires de la part des fonds de capital-risque, pour des montants compris entre 1 et 10 millions d’euros, par voie d’émission de titres nouveaux (qu’ils s’agissent d’actions, d’actions de préférence, de valeurs mobilières composées ou d’un panachage de ces divers instruments). Les fonds ainsi investis sont alors à la disposition de la société, qui pourra les utiliser pour développer son idée ou sa technologie, en vue d’une sortie du fonds au bout de 4 à 5 ans. Aucun financement bancaire ne doit en principe être mis en place dans le cadre de ces opérations, à la différence des opérations de capital-transmission (LBO) qui ont de ce fait été très affectées par le « credit crunch ».

Une opération de capital-risque se distingue d’une opération de capital-développement en ce qu’elle intervient à un stade beaucoup moins avancé du développement d’une société. L’essentiel de l’intérêt d’un fond de capital-risque réside dans le potentiel de la technologie développée par la société faisant l’objet de l’investissement. Ces fonds de capital-risque avaient connu un pic d’activité à la fin des années 1990, lors de leur engouement démesuré pour les sociétés technologiques et les sociétés internet, qui s’était brusquement effondré avec l’essoufflement de la « bulle internet ». Leurs investissements se sont traditionnellement concentrés dans les secteurs des technologies de l’information, des biotechnologies et de la santé. Or il apparaît que la course à l’innovation technologique dans le secteur des « technologies propres » pourrait devenir pour ces fonds, dont le niveau d’activité est soumis à des « cycles d’innovation  » (2), une nouvelle source majeure d’investissement en Europe.

Ces opérations de capital-risque se structurent autour de pacte d’actionnaires et de mécanismes d’intéressement des fondateurs visant à obtenir le juste équilibre financier et juridique entre les dirigeants-fondateurs, qui maîtrisent le potentiel technologique de la société, et le fonds de capital-risque, qui souhaitera pouvoir exercer un certain contrôle sur son investissement et garantir sa sortie à moyen terme. Dans une opération de capital-risque, plus encore que dans les autres opérations de capital-investissement, la qualité et l’équilibre de la relation entre les dirigeants-fondateurs et les équipes du fonds sont essentiels au succès de l’aventure ».


(1) Global Trends in Sustainable Energy Investment 2008 – Analysis of Trends and Issues in the Financing of Renewable Energy and Energy Efficiency, UNEP, SEFI, New Energy Finance.

(2) Voir notamment The Silicon Flatirons Roundtable Series on Entrepreneurship, Innovation and Public Policy Report No. 4 – The Private Equity Boom: Is It Over, Is It Sustainable, and What Is Its Long Economic Impact.