Shi, roi du solaire

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Ce sera finalement sa chance, car il rencontre, à Sydney, Martin Green, un scientifique spécialiste de l’énergie solaire. Martin Green est impressionné par la capacité de travail et la rigueur de Shi, qui termine son Ph. D. en seulement 2 ans et demi – un record inédit dans cette Université. « C’est l’un des meilleurs étudiants que j’ai jamais eus, sans aucun doute », selon Green.

Le professeur Green avait mis au point ce qui était à l’époque la cellule solaire au silicium la plus efficace du monde, et en 1995, il crée avec un collègue une société baptisée Pacific Solar. Green invite alors son ancien étudiant Shi à les rejoindre. La petite équipe réussira à créer une technologie qui réduit considérablement le coût de production de l’énergie solaire en diminuant la quantité de silicium nécessaire.

Curieux et ambitieux – au bout de 5 ans, la start-up australienne roulait bien — cherchant un nouveau défi, Shi rencontre des responsables de la ville de Wuxi, à 110 km de Shanghai, qui lui mettent le marché en main : le gouvernement lui donnerait 6 millions de dollars s’il revenait en Chine pour y créer une société d’énergie solaire. « Le comité d’investissement de Wuxi m’a dit : nous voudrions que tu reviennes et que tu travaille ici », se rappelle-t-il.

Shi accepte. Comme une poignée d’autres entrepreneurs chinois, dont Peng Xiaofeng, le fondateur de LDK Solar, il comprend que la Chine va lui offrir l’opportunité de diminuer les coûts de production des cellules et des panneaux solaires. Le marché était alors dominé par les géants Sharp, Siemens et BP Solar – d’énormes sociétés, mais avec des coûts de production élevés —  et ses interlocuteurs sont sceptiques. « Comment pourrais-tu concurrencer d’énormes groupes comme BP Solar ou Siemens ? ». « Et pourquoi ne le pourrais-je pas », se dit-il.

Et pour cause : Shi réussit à vendre des panneaux solaires à 3 dollars par watt, bien en-dessous des 4,50 dollars par watt minimum pratiqués par l’ensemble de l’industrie à l’époque. Son atout n’est pas tant la main d’œuvre chinoise bon marché que les matériaux et terrains disponibles à bas prix. En 2003, juste un an après le démarrage de la production de Suntech, dans une usine que Shi avait conçu lui même, il vend des panneaux à 2,80 dollars par watt. « Et nous avions encore une marge bénéficiaire de 20% », raconte-t-il.

Les débuts ne sont pas  toujours faciles. En 2003, Shi se heurte au manager nommé par le gouvernement, sur un désaccord quant au rythme de croissance et aux dépenses d’investissements nécessaires. Shi va alors voir les autres membres du conseil d’administration et les convainc d’évincer le manager nommé par l’Etat. Il emprunte de gros montants, obtient une injection de capital de Goldman Sachs et rachète la part de l’Etat en 2005 pour 100 millions de dollars. « Je me suis enfin senti libre », dira-t-il.

Le changement climatique est entre-temps devenu une cause mondiale, avec des subventions offertes par les gouvernements de nombreux pays pour les énergies renouvelables. L’action Suntech atteint un record à 85 dollars, fin 2007. Ses principaux marchés (il exporte 90% de sa production) sont en Europe, Allemagne en tête. (Suite page 3)