Philippe Guillemot, PDG d’Areva T&D : « les énergies renouvelables, un défi pour les réseaux électriques » (interview exclusive)

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pg1Areva T&D, filiale Transmission/Distribution d’électricité du groupe Areva, a le vent en poupe : l’augmentation de la consommation d’électricité, l’enjeu de la « décarbonisation » de la filière électrique et l’apparition des énergies renouvelables nécessitent une rénovation et un pilotage au plus près des réseaux électriques partout dans le monde. Un atout pour Areva T&D qui s’est installé sur l’ensemble des zones géographiques, particulièrement sur les marchés à fort potentiels que sont l’Asie- Chine et Inde – et le Moyen-Orient.  Le groupe est aussi tout puissant en France, où il vient d’être choisi par RTE pour élaborer des solutions de pilotage de réseau, notamment pour faire face aux nouveaux enjeux, telle la croissance de l’éolien.

Interview de son PDG, Philippe Guillemot.

GreenUnivers : Quelle est la part de marché d’AREVA T&D au plan mondial ? Nous sommes dans le trio leader, au côté du groupe suédois ABB et de l’allemand Siemens.  Notre activité a doublé depuis 2004. Dans le même temps, notre part de marché augmentait de 50%. Cédée par Alsthom au groupe AREVA en 2004, T&D s’est, depuis, largement déployée sur l’ensemble des régions. Nous sommes maintenant présents dans 168 pays et nous développons en particulier sur les marchés en forte croissance, tels l’Asie et le Moyen-Orient.

Le marché mondial approche 60 milliards d’euros. La Chine représente le quart de l’ensemble,  le Moyen-Orient autour de 12%. Les états du golfe profitant de leurs revenus pétroliers investissent fortement dans les infrastructures énergétiques. Nous sommes leaders de ce marché depuis 2007. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas de grands acteurs américains dans ce secteur, notamment parce que les Etats-Unis utilisent la norme ANSI qui leur est propre, alors que la norme européenne CEI s’est imposée au reste du monde.

GU : Le développement des « smartgrids » représente-t-il un enjeu de taille ?

Plus que « smartgrids », je dirais « smarter grids », car les réseaux sont depuis longtemps « intelligents » : de longue date, nous assurons le pilotage des réseaux afin de garantir l’équilibre entre l’offre et la demande  grâce à nos systèmes de traitement de l’information. Par rapport aux nouveaux venus – IBM ou Google –  nous avons quelques longueurs d’avance !  L’avance que nous avons prise, particulièrement sur la haute et la moyenne tensions, est considérable.

Côté investissements, comme un réseau dure environ 40 ans, il faut chaque année mécaniquement investir en renouvellement 2% à 3% du réseau installé. Par ailleurs, l’évolution du mix énergétique et l’apparition des énergies renouvelables obligent à des investissements bien supérieurs. Ces dernières constituent un véritable défi technologique. Je citerais, par exemple, les contraintes liées à l’instabilité de l’éolien. Rappelons qu’un euro investi en production implique un euro investi dans les réseaux. En France, le budget d’investissement du réseau de transmission est de 1 milliard d’euro cette année, soit 2 fois plus qu’il y a 5 ans.

Ce rythme a de fortes chances de continuer à croître. Nous avons porté notre budget R&D au-delà de 150 millions d’euros en 2008. Il devrait dépasser 300 millions d’euros en 2012.  Nos efforts portent, par exemple, sur les développements liés à ce que l’on appelle les « micro grids » ; autrement dit, le futur raccordement des particuliers équipés de panneaux solaires ou d’éoliennes et qui souhaiteront revendre leur électricité. Nous travaillons également sur des automatismes permettant de prioriser les énergies propres par rapport aux énergies thermiques traditionnelles.

GU : On parle aussi des supergrids intercontinentaux, par exemple pour raccorder les futurs parcs éoliens de la mer du Nord ?

On peut effectivement imaginer installer des réseaux en mer comme sous-terre, avec des sous-stations électriques en mer, pour connecter les parcs éoliens offshore au continent, comme le parc « Barrows » installé au Royaume-Uni. Des solutions sont, d’ores et déjà, à l’étude.

GU : Votre rôle sera-t-il facilité par les compteurs intelligents ?

Oui, nous devons pouvoir gérer la demande pour que le consommateur soit acteur du marché plutôt que spectateur passif et qu’il puisse ajuster son comportement pour réduire sa consommation. Ce qui, au passage, permettrait de mieux gérer les pointes.

Mais je ne crois pas à des technologies trop sophistiquées : tous les tests en la matière prouvent que, pour convaincre, la technologie doit être simple d’usage, telle une alternative « Confort » / « Economie ».  A l’instar des boîtes de vitesses automatiques dans le secteur automobile.

Les réseaux doivent pouvoir absorber les pointes en pilotant à la limite, au plus près du maximum de capacités. Il faut un pilotage mais aussi un renforcement ponctuel du réseau : en France deux grandes régions ont encore des besoins considérables, la Bretagne et la région PACA.

Ces supergrids existent déjà, en Europe notamment : les  gestionnaires de réseaux européens travaillent de plus en plus ensemble avec, par exemple, la liaison Danemark-Suède qui permet à l’un de prendre le relai de l’autre si leurs éoliennes baissent de régime. Citons encore la ligne transManche. Dans ce domaine, nous avons réalisé une grande partie du ring méditerranéen. Il ne reste plus qu’à relier l’Italie et la Tunisie. Au Moyen-Orient, nous mettrons en service en 2009 une interconnexion des pays du Golfe. Nous allons progressivement vers une interconnexion croissante  de tous ces réseaux.