Faut-il un prix plancher pour le carbone ?

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logobluenextAlors que le cours de la tonne de CO2 est passé en dessous de la barre des 10 euros, certains experts demandent l’instauration d’un prix plancher pour éviter une baisse trop forte. L’analyse de David Rapin, directeur du développement de BlueNext SA, la Bourse de l’environnement.

GreenUnivers : Serait-il judicieux d’introduire un prix plancher pour le carbone ?

L’idée d’instaurer un prix plancher ou un prix plafond, c’est revenir au débat entre le choix d’un mécanisme de marché type « cap and trade », que nous connaissons actuellement, ou une taxe carbone. Fixer une taxe est très délicat : comment détermine-t-on le niveau initial ? Il sera fixé par les pouvoirs publics et risque d’être décorrélé du niveau réel de l’équilibre offre/demande entre émissions réelles et quotas alloués des sites concernés. C’est un peu comme certains tarifs de l’électricité qui ne reflètent pas les coûts marginaux de long terme de production.

L’avantage d’un système de cap and trade, c’est que l’on impose un niveau d’émissions à ne pas dépasser, et c’est dans ce cadre que l’on fait intervenir le marché avec un prix établi en fonction de l’offre et de la demande. C’est plus sûr pour obtenir une réduction des émissions de CO2 qu’un dispositif purement fiscal. A l’inverse, une taxe pourrait créer des distorsions de concurrence entre zones fortement et faiblement « carbonées ». Changer les règles aujourd’hui apporterait un élément

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d’instabilité, alors que les entreprises ont besoin justement de stabilité.

GU : mais la chute des cours risque de limiter les projets de réduction des émissions de CO2 ?

D’abord, il faut relativiser les mouvements de prix : ils correspondent à une évolution des fondamentaux, nous sommes confrontés à une crise économique forte, les cours des matières premières baissent aussi… Et la volatilité du carbone est plus faible que celle du pétrole ou des autres biens environnementaux qui ont fait leur preuve en termes d’efficacité de réduction (comme le SO2). La tonne de carbone a été divisée par moins de 3 (d’un plus haut proche de 27 euros la tonne il y a 9 mois à un peu moins de 10 euros aujourd’hui) contre un ratio de plus de 4 pour le pétrole.

Certes, certains industriels vendraient des quotas pour se financer parce qu’ils en ont besoin à court terme, mais ce n’est pas l’unique facteur. Sur un marché, les mouvements sont normaux, c’est signe que les mécanismes d’ajustement aux fondamentaux fonctionnent. Il y a neuf mois, certains voulaient un prix plafond pour limiter la hausse…

Des prix bas ne sont pas toujours négatifs : ils peuvent être le constat d’une diminution des coûts d’abattements (i.e. les coûts nécessaire pour réduire les tonnes de CO2). Durant la phase 1, des prix bas n’ont pas empêché les entreprises de réduire de 50 à 100Mt d’après la dernière étude de Denny Ellerman du MIT.

GU : est-ce qu’il ne faudrait pas malgré tout des mécanismes de régulation pour éviter de trop brutales variations ?

L’Union européenne a prévu de tels mécanismes dans le paquet climat énergie adopté en décembre. Par exemple, si pendant plus de six mois consécutifs, le prix de la tonne de CO2 est supérieur de trois fois son prix moyen des deux dernières années, les mises aux enchères pourront être anticipées. De même, le marché des crédits Kyoto peut être assimilé à une valve de sécurité (safety valve) si les prix des quotas européens grimpent, le crédit pouvant être rendu par l’industriel au même titre que le quota.

Enfin, des discussions sont en cours au niveau européen pour une taxe carbone dite « d’ajustement aux frontières » pour éviter de pénaliser trop les entreprises européennes. C’est contraire aux règles de l’OMC, mais cela pourrait éviter de trop pénaliser les entreprises européennes. Tout cela entrera en application à partir de 2013. Ce qui convient, c’est donc moins d’intervenir sur les prix de marché que de donner un cadre stable, lisible et permettant aux évolutions des prix d’être en rapport avec leurs fondamentaux.