Bâtiment vert : l’Ile-de-France a besoin d’une révolution culturelle !

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sellierPour Dominique Sellier, chargé de mission économie et urbanisme durable à l’Agence régionale de l’environnement et des nouvelles énergies d’Ile-de-France, la région est face à un défi considérable pour réduire la consommation de ces 700 millions de m2 (dont 200 millions de bâtiments tertiaires).  Quelques pionniers ouvrent la voie des « bâtiments verts ».

GreenUnivers : La rénovation verte est-elle difficile en Ile-de-France ?

La région Ile-de-France offre un contexte particulier, car c’est une région, par rapport à d’autres, plus tertiarisée, avec  un patrimoine de logements sociaux, notamment collectifs, très important. La question de la rénovation thermique des maisons individuelles se concentre surtout en 2ème couronne, voire en 1ère. Mais c’est aussi la région qui concentre le plus de compétences au niveau national, notamment en termes d’ingénieurs et d’architectes, qui pourraient donc être mobilisés sur ce vaste chantier de la « rénovation verte ».

GU : Certains bâtiments passent pourtant déjà au vert…

Pour les constructions neuves, l’application de nouvelles démarches environnementales a été engagé avec la HQE (haute qualité environnementale) : on compte déjà plus de 130 opérations certifiées NF démarche HQE bâtiment tertiaire, dont les ¾ avec un niveau très performant pour la cible 4 énergie. Ceci correspond notamment à un label dit THPE, de très haute performance énergétique.

Ces labels énergétiques, ne sont pas obligatoires mais s’imposent de plus en plus sur le marché, en particulier pour les immeubles de bureaux construits dans le privé. Et certains anticipent déjà la norme BBC, bâtiment basse consommation, du Grenelle de 2012, soit moins 50 %  de consommation énergétique pour le tertiaire neuf par rapport à la réglementation thermique de 2005, ou 65 kwh/m2/an pour le résidentiel en Ile-de-France.

Pour l’ancien, l’objectif est de s’attaquer au patrimoine le moins performant, celui de  certains HLM en particulier qui consomment plus de 230 kwh/m2/ an pour les ramener à 150 kwh/m2/an d’ici 2020.

GU : Qui sont les pionniers des bâtiments basse consommation ?

On peut signaler quelques projets emblématiques de tours de bureaux écologiques : la Tour Signal à La Défense, attribuée à Jean Nouvel, ou encore le projet de réhabilitation par la Cogedim de l’ancienne Tour Axa, toujours à La Défense, rebaptisée Tour First,  un chantier  de longue haleine à cause du désamiantage.

Même si les techniques évoluent, il est beaucoup plus difficile de faire un bâtiment basse consommation en rénovation et surtout dans des tours de bureaux qui ont des contraintes de cloisonnement intérieur pour des raisons de sécurité incendie, de surfaces de baies vitrées, de rafraîchissement ou encore ascenseurs gourmands en énergie. C’est plus rentable dans des petits immeubles de bureaux.

Il  faut aussi citer un immeuble de bureaux et d’activités, Alma à Gennevilliers qui limite de près de 50 % les consommations énergétiques. Toujours à Gennevilliers, un projet à énergie positive, qui produit plus d’énergie qu’i l n’en consomme : le bâtiment Energy Plus, qui sera recouvert de panneaux solaires, construit par le cabinet newyorkais Skidmore, Owings and Merrill, celui qui construit à Manhattan la Freedom Tower sur l’emplacement du World Trade Center. Cet immeuble promet d’être l’un des plus « écologiques » du monde. Egalement, l’immeuble 114 d’Aubervilliers, construit par EMGP, ou encore un Green Office à Meudon, par Bouygues.

Dans le patrimoine public, une construction exemplaire est celle de l’école primaire et maternelle à énergie zéro de Limeil-Brevannes, près de Créteil, dans le Val-de-Marne, qui est le tout premier bâtiment public à énergie positive en France. Elle a ouvert à la rentrée 2007.

GU : Les immeubles du Paris historique sont-ils une catastrophe écologique ?

Ce ne sont sans doute pas les pires, car par exemple les immeubles haussmanniens, grâce à leur qualité constructive, et  s’ils sont alimentés par des chaudières collectives performantes, sont moins émetteurs de gaz à effet de serre que certains immeubles du XX° siècle, tout en béton ou verre, et également très mal isolés. L’urbanisme compact de Paris produit moins de déperdition que l’étalement urbain.  Rien que par la forme urbaine, les gains énergétiques sont intéressants comparés à l’habitat individuel.

Néanmoins le tissu existant de l’agglomération parisienne a d’importants besoins de rénovation thermique, qui touchent à la fois des menuiseries moins déperditives, avec par exemple des fenêtres à double vitrage, des chaudières et systèmes de chauffages plus performants, l’isolation par l’extérieur des façades lorsque c’est possible, donc pas pour l’hausmannien. En revanche on pourra le faire pour les immeubles des faubourgs, avec des façades relativement simples et ce sera indispensable. Ce sera une révolution de la culture du bâti, un changement radical des pratiques. Ces travaux devront aussi être mis en œuvre dans les maisons individuelles des années 70-80, qui ne sont pas les plus performantes.

Jusqu’à présent, c’était une politique des petits pas. Mais l’idée du Grenelle est de créer une vraie rupture d’ici 2020. Vont apparaître de nouveaux métiers : des concepteurs-architectes de la rénovation environnementale de l’habitat, des diagnostiqueurs « améliorateurs » du bâti existant, des spécialistes de la ventilation, des installateurs d’équipements plus performants, d’énergies renouvelables, mais aussi des artisans familiers des éco-matériaux…

Dominique Sellier est l’un des invités de la conférence d’Innov’Eco sur le marché francilien du bâtiment propre et économe, le 5 mars prochain à Paris.