L’Europe veut un marché mondial du carbone

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L’analyse du marché du carbone avec BlueNext SA.

Pour préparer le sommet de Copenhague sur l’après Kyoto, la Commission européenne vient de publier sa feuille de route : elle fixe un objectif de réduction des émissions de CO2 de 30% en 2020 pour tous les pays de l’OCDE et prône la mise en place d’une bourse du carbone mondiale. L’analyse de David Rapin, directeur du développement de BlueNext SA.

GreenUnivers : pourquoi Bruxelles se positionne-t-elle aujourd’hui ?

Sa communication s’inscrit dans le processus des négociations internationales sur l’après-Kyoto. D’ici à la conférence de Copenhague, en décembre, elle veut des discussions bilatérales, notamment avec les Etats-Unis via des groupes de travail. Elle fait logiquement connaître sa feuille de route. Le moment est évidemment stratégique puisque l’administration Obama se met en place avec la volonté de jouer un rôle actif en matière d’environnement. Un dispositif de marché du carbone pourrait être adopté mi 2009 pour une application au plus tôt en 2011. L’Europe espère qu’il sera compatible avec son propre son système, mais ce n’est pas gagné. Les Américains sont surtout préoccupés par le design de leur dispositif et beaucoup moins par les problèmes d’harmonisation.

GU : que propose l’Europe ?

Elle indique à la fois des objectifs de réduction des émissions de CO2 et des moyens pour évoluer vers une économie faiblement carbonée. Elle souhaite une baisse des émissions de CO2 de 30% d’ici à 2020 (par rapport au niveau de 1990) pour tous les pays de l’OCDE – et donc les Etats-Unis ou le Japon – si un accord est trouvé à Copenhague. L’Union européenne veut des actions dans les pays industrialisés mais aussi dans les pays en développement, avec par exemple des mécanismes permettant d’éviter la déforestation dans les zones tropicales. Et elle propose de mesurer l’impact : elle reprend une proposition faite par la Corée et l’Afrique du sud d’instituer un registre des actions, tenu par l’ONU, où seraient répertoriés les actions mises en oeuvre dans chaque pays et les bénéfices obtenus. Un point d’étape serait fait en 2016.

GU : quelles sont les pistes pour évoluer vers une économie peu intensive en carbone ?

L’Europe propose de créer un fonds dont l’objet serait de « couvrir » les dépenses d’investissement nécessaire estimées à 175 milliards d’euros par an d’ici 2020. Il permettrait de financer des actions pour améliorer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables. 95 milliards devraient être réservés à des projets dans les pays en développement. Les fonds proviendraient soit d’un pourcentage prélevé sur chaque Etat en fonction de ses émissions annuelles et du revenu par habitant, soit d’une taxe sur les tonnes de CO2 alloués aux Etats.

GU : quels outils pourraient être mis en place ?

La Commission propose de créer des systèmes d’échange de quotas deCO2 de type « cap and trade », d’abord au niveau domestique puis de les relier à partir de 2015 au niveau de l’OCDE. Avec une extension à d’autres grands acteurs comme la Chine et l’Inde en 2020. Elle se prononce ainsi clairement pour un  marché mondial du carbone. Elle propose aussi de renforcer le contrôle des mécanismes de développement propre (MDP) et une harmonisation de leur reconnaissance par tous les Etats.

Point sur le marché du CO2

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Le niveau des cours s’est stabilisé depuis quelques jours (cliquer sur l’illustration pour agrandir). A court terme, les cours devraient rester dans une fourchette de 10 à 15 euros, voire 13 euros. L’économie continue à tourner au ralenti : la production d’acier en Europe a baissé de 5,3% en 2008 à 11 millions de tonnes. Et les pays européens vont bientôt commencer à allouer leurs quotas pour 2009, ce qui pourrait encore déprimer les cours. Mais on connaîtra dans quelques semaines les émissions constatées pour 2008 et il pourrait y avoir des surprises : on risque d’être « court » par rapport aux 2 milliards de tonnes de CO2 alloués au niveau européen. Mais il n’est pas dit que ce soit un facteur de hausse durable car en 2009, avec la crise, le niveau des émissions va baisser sensiblement.