Analyse du marché du carbone avec BlueNext : la timide avancée du Japon

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Le Japon a ouvert un marché du carbone début janvier sur la base du volontariat. L’analyse de Pierre Guigon, chef de produit junior de BlueNext SA, la bourse de l’environnement.

GreenUnivers : Le Japon vient d’inaugurer début janvier un marché du carbone pour réduire ses émissions de CO2. Quelles sont ses caractéristiques ?

Le gouvernement a hésité. Au printemps 2008, un rapport du ministère de l’Environnement préconisait la mise en place d’un système d’échange de quotas (cap and trade) obligatoire, sur le modèle européen. Mais finalement, le Premier ministre a opté pour un marché unifié d’échange à titre expérimental (UMET), basé sur le volontariat. Ce marché couvre la période 2009-2012 avec un périmètre très large : des grands groupes aux petites sociétés, tous les acteurs économiques peuvent adhérer tout au long de la période. Le dispositif est peu contraignant puisque que chaque entreprise fixe ses objectifs de réduction de CO2. Et un système d’échange se mettra ensuite en place dans les prochains mois. Les entreprises pourront recourir à des crédits Kyoto et à des crédits domestiques pour compenser leurs émissions. L’Etat intervient en soutien, alloue les quotas et vérifie le niveau des émissions. Mais ce marché reste encore flou, le gouvernement n’ayant pas précisé toutes les modalités de fonctionnement.

GU : Qu’est-ce qui a motivé la décision du gouvernement ?

Dans le cadre du protocole de Kyoto, le Japon doit baisser ses émissions de CO2 de 6% sur la période 2008-2012 (par rapport au niveau de 1990). Or, en 2006, ses émissions étaient de 6,2% supérieures au niveau de 1990 ! L’écart est considérable, ce qui a conduit le gouvernement à mettre en place ce marché. Mais la crise économique change la donne et va provoquer une baisse automatique des émissions : le ministère de l’Economie anticipe une baisse du PIB du Japon de 1% en 2008 et de 0,9% en 2009. Ce qui conduirait à une diminution des émissions de CO2 du secteur énergétique (qui représente 90% des émissions du pays) de 3,8% en 2008 et de 6,9% en 2009. Le gouvernement a prévu d’acheter des crédits à d’autres pays comme la Hongrie ou la République tchèque pour remplir ses objectifs Kyoto, mais il déploie cette stratégie d’acquisition sur toute la période (jusqu’en 2012) pour mieux arbitrer en fonction de l’offre et la demande sur le marché, en espérant une baisse du prix.

GU : les entreprises japonaises font-elles des efforts pour réduire leurs émissions spontanément ?

Depuis 1997, il existe un plan pour la réduction des émissions de CO2 dans le cadre du Keidanren, la plus grosse fédération industrielle japonaise, qui couvre les gros secteurs comme le pétrole, l’acier, le fer ou encore l’électricité. L’objectif était de retrouver d’ici à 2010 le niveau des émissions de 1990. Une quarantaine d’entreprises ont adhéré à ce dispositif. Elles ont à la fois investi dans le développement de technologies propres et dans les crédits Kyoto (CER). Ce plan a donné des résultats, en ligne par rapport aux objectifs initiaux, mais son périmètre reste limité. Le marché du carbone qui se met en place a lui l’ambition de couvrir tous les pans de l’économie.

 

Evolution du marché du carbone au 12 janvier 2009 :

 » Le quota de carbone sur le marché spot (EUA) s’échangeait le 12 janvier à 13,58 euros. Il baisse depuis la fin de la semaine dernière, suivant l’évolution du baril de pétrole, qui est revenu à 38 dollars après être repassé la semaine dernière au-dessus de la barre des 40 dollars. Les volumes d’échange continuent à être importants, on frôle les 7 millions sur le marché spot, le record absolu s’établissant à 7,5 millions sur une journée. Les entreprises et les acteurs financiers restent actifs sur le carbone. «