Rendez-vous « Marché du carbone » avec BlueNext : pourquoi le marché volontaire attire les convoitises

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Morgan Stanley, Goldman Sachs, mais aussi l’énergéticien allemand RWE… Des grands noms de la banque et de l’industrie investissent dans des prestataires du marché du carbone. Ils veulent notamment prendre position sur le marché volontaire de réduction des émissions de CO2. L’analyse de David Rapin, directeur du développement de BlueNext SA.

GU : Quelle est l’évolution du marché volontaire du carbone ?
C’est un petit marché, marginal par rapport au système obligatoire européen, mais il se développe. Au niveau mondial, il a été multiplié par trois en volume depuis 2005 et par cinq en valeur. Ce qui représentait, en 2007, 42 millions de tonnes de CO2 négociées. Et on estime que le seuil des 100 millions par an devrait être franchi dans les toutes prochaines années.

Comment fonctionnent les mécanismes ?

Le principe est d’offrir des solutions à des entreprises, collectivités, ONG ou aux particuliers désireux de compenser leurs émissions de CO2 de manière volontaire. Pour cela, ils achètent des droits directement ou auprès de prestataires, les VER (Verified Emission Reductions), qui correspondent à des tonnes de CO2 évitées. Ils ne sont pas enregistrés, vérifiés et délivrés selon la méthodologie et les instances du Protocole de Kyoto mais sont basés sur des standards professionnels. Il en existe environ treize dans le monde, comme le Gold Standard, parrainé par le WWF, qui intervient sur des projets d’émissions de CO2 qui ont aussi une performance environnementale ambitieuse, et le VCS (Voluntary Carbon Standard) dont l’ambition est d’être un standard plus large et utilisable aux Etats-Unis.

GU : A quoi correspondent les prix de ces crédits ?

Ils sont très hétérogènes : certains projets sont à 2 dollars la tonne de CO2 évitée, d’autres peuvent monter jusqu’à 50 dollars selon la localisation et le contenu du projet. Comme il n’y a pas de règles, on manque encore d’outils de standardisation et donc de cotation. Plus le marché se développera et plus des prix pertinents devraient s’établir.

GU : Qui intervient sur ces marchés ?

Les premiers intervenants sont ceux qui ne sont pas soumis à un système obligatoire de quotas de CO2. La demande est ainsi très forte aux Etats-Unis. En 2007, la demande mondiale en VER émanait à 47% de l’Europe, à 37% des Etats-Unis. Venaient ensuite l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La moitié des acheteurs sont des acteurs industriels. Les ONG représentent 13% et les particuliers 5%. Les acteurs qui viennent sur ce marché veulent d’abord se préparer à un futur système obligatoire : ils veulent se familiariser avec l’outil, les modes d’acquisition, d’enregistrement… Il y a ensuite une logique de neutralisation de ses émissions de CO2 : la banque HSBC ou la Caisse des Dépôts, par exemple, ont calculé leur bilan carbone et ont acquis (puis annulés) des VER pour neutraliser leurs émissions. Enfin, ces droits volontaires permettent de monétiser des crédits sur des projets qui sont en cours de validation dans le cadre du protocole de Kyoto.

GU : Comment analysez-vous l’entrée de grandes banques au capital d’intermédiaires en compensation carbone, qui proposent leurs services à des entreprises pour identifier des projets ?

Elles ont plusieurs objectifs. D’abord acquérir une compétence sur le marché encore très jeune des droits volontaires, et sur l’ensemble de sa chaîne. Il y a aussi une logique commerciale : le marché des VER devrait s’accroître car de plus en plus de personnes physiques ou d’entreprises cherchent à devenir neutres en carbone ou à compenser leurs émissions, les marges y sont encore importantes compte tenu de la jeunesse du marché. Enfin, il y a aussi un élément de communication environnementale : en entrant sur ces marchés, ces banques soignent leur image.

 

Evolution du marché du CO2 sur BlueNext

Prix de la tonne de CO2 le 1er décembre : 15,73 euros (EUA)

 » Les prix ont continué à baisser cette semaine, avec une tonne de CO2 qui se négocie désormais autour de 15 euros. A cela deux raisons : d’abord un nouveau pays européen a délivré ses quotas de CO2 à ses entreprises, les Pays-Bas. Les entreprises néerlandaises peuvent donc revendre des quotas sur le marché, ce qui accroît l’offre. Et en parallèle, la crise économique continue à ralentir l’activité, avec des sites industriels qui s’arrêtent. Ce qui va ralentir les émissions de CO2 et donc la demande pour des quotas. »