La chute du prix du pétrole rend plus exigeant sur les énergies renouvelables

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Les investisseurs vont chercher à faire baisser les coûts de revient des énergies renouvelables, analyse Thierry Lefrançois, économiste énergie et matières premières chez Natixis. Mais ils ne vont pas renoncer à leurs projets car il y a d’autres incitations que le cours du pétrole, à commencer par la réglementation.

GreenUnivers : L’effondrement du cours du pétrole depuis l’été dernier menace-t-elle le développement des énergies renouvelables ?

Il est clair qu’entre un pétrole à 147 dollars le baril, son record de juillet dernier, et un pétrole à 45 dollars le baril, non niveau actuel, la donne change ! Il faut cependant relativiser : même si certains anticipaient il y a quelques mois un cours de 200 dollars à court terme, les décisions d’investissement se font sur des hypothèses beaucoup plus basses. Total, par exemple, a annoncé il y a six mois qu’il tablait sur un baril à 80 dollars pour lancer ses projets de développement dans les schistes bitumineux au Canada. L’approche est la même pour les énergies renouvelables.

GU : Mais les énergies renouvelables deviennent moins attractives ?

La chute des cours conduit évidemment les investisseurs à regarder de plus près les coûts de revient et d’exploitation de ces projets. Et ils vont tout faire pour les réduire au maximum, ce qui était moins un impératif quand le pétrole allait de sommet en sommet. A cela s’ajoute la crise du crédit qui rend les gros projets plus difficiles à financer pour l’instant. Mais les énergies renouvelables bénéficient d’avantages spécifiques, comme les tarifs d’achat imposés dans la plupart des pays européens. Grâce à ces mesures, l’éolien est aujourd’hui quasiment rentable. Et les coûts de l’énergie solaire baissent de près de 15% par an.

GU : D’autres éléments peuvent-ils compenser la chute du prix du baril ?

L’évolution de la réglementation va constituer une très forte pression. Avec l’adoption la semaine dernière du paquet climat-énergie, l’Union européenne s’est clairement engagée dans la voie des énergies renouvelables avec son objectif de 20% en 2020. Dans les années 80, des groupes pétroliers avaient commencé à se diversifier dans les énergies renouvelables mais ils ont vite arrêté par manque d’incitation. Le contexte est aujourd’hui radicalement différent et on assiste à une nouvelle offensive de ces entreprises dans les renouvelables. Total vient d’annoncer en début de semaine un investissement dans la start up américaine Konarka, spécialisée dans le photovoltaïque organique. Et le groupe est déjà présent dans la filière du silicium cristallin via ses participations dans Tenesol (avec EDF) et Photovoltech. Les énergies renouvelables ont longtemps été considérées comme une danseuse par les pétroliers, ce n’est plus le cas. Les pétroliers sont poussés par la réglementation et la nécessité de trouver de nouveaux relais de croissance en prévision du « peak oil ». Et en plus, ces opérations améliorent leur image.

GU : La crise économique ne va-t-elle pas retarder le « peak oil » ?

La baisse de la demande aura évidemment un impact. Elle pourrait croître de 1% par an dans les prochaines années, voire moins, alors que l’Agence internationale de l’énergie anticipait une hausse de 1,4% par an avant la crise. Cela reportera d’autant le « peak oil ». En revanche, le prix du baril devrait un peu remonter : déjà, il a pris 15% en une semaine car les marchés ont anticipé la décision de l’Opep de réduire sa production de 2 millions de baril par jour à partir de janvier. La Russie pourrait aussi diminuer sa production de l’ordre de 200 à 300 000 barils par jour. Ce qui fait remonter les cours, que nous prévoyons autour de 56 dollars en 2009. Mais on ne retrouvera sûrement pas les records atteints il y a quelques mois avant longtemps, peut-être une génération.