Beaucoup de business models des cleantech se cherchent encore

Print Friendly, PDF & Email

Dans l’économie verte, les modèles économiques sont multiples et beaucoup restent incertains, analyse Dominique Agrech, membre du directoire de XAnge Private Equity, société de gestion de portefeuille dédiée au capital investissement, en charge des investissements dans les cleantech.    

GU : Que représentent les cleantech pour XAnge Private Equity ?

Nous développons les investissements sur ce marché depuis environ deux ans. C’est l’un des secteurs de placement de nos FCPI pour lesquels nous levons chaque année entre 20 et 30 millions d’euros via le réseau de notre partenaire, la Banque Postale. Nous avons quatre participations, toutes minoritaires, dans notre portefeuille : la plus ancienne est e-device, une société d’électronique dont l’un des débouchés les plus importants réside dans l’efficacité énergétique. Et depuis juin 2007, nous sommes entrés au capital de Naskeo, une société spécialisée dans la méthanisation, Skywater, spécialiste de la récupération d’eau de pluie, et Novawatt, exploitant d’unités de production d’électricité décentralisée. Et nous venons de céder à un industriel, Pall Corporation, la société Genesystems, jeune pousse dans le domaine de la biologie moléculaire appliquée à la prévention des pollutions bactériennes.  

GU : Quels sont vos objectifs ?

Nous sommes deux investisseurs sur douze en charge des cleantech chez XAnge avec l’objectif de réaliser deux à trois deals par an, ce qui représente environ 15% de nos investissements totaux. Nous ciblons en priorité des jeunes sociétés françaises, dans lesquelles nous pouvons être chef de file des investisseurs. Comme XAnge a un bureau en Allemagne, nous regardons aussi ce marché : nous pouvons être l’investisseur français du tour de table pour des sociétés d’outre-Rhin souhaitant se développer en France. Le Royaume-Uni nous intéresse aussi.  

GU : Visez-vous des secteurs en priorité ?

Nous cherchons des sociétés d’autres secteurs que les cleantech à proprement parler mais qui vont être très concernées par le « green », notamment pour cause d’évolution de la réglementation. C’est le cas du bâtiment avec les nouvelles normes sur l’efficacité énergétique des constructions. De même, dans le secteur de la transformation des plastiques, il peut y avoir de belles opportunités. Dans les énergies renouvelables, nous sommes plus intéressés par les sociétés qui innovent avec une vraie rupture technologique ou de business model que par celles qui développent des infrastructures.  

GU : Les business models que vous étudiez sont-ils convaincants ?

L’économie verte, c’est d’abord une grande variété de profils d’entreprises et de modèles économiques, plus encore que dans d’autres secteurs, comme celui lié à internet. Beaucoup se cherchent encore. Par exemple, l’automobile électrique. Est-ce que le bon modèle, c’est de vendre une voiture avec sa collection de batteries, ou bien sans les batteries mais avec parallèlement des formules d’abonnement pour la recharge et l’échange standard ? Personne n’a la réponse à l’heure actuelle.  

GU : Quel est l’impact de la crise financière ?

C’est encore tôt pour le dire. Il y a certes une plus grande prudence sur les valorisations, mais il reste un engouement très fort pour certains secteurs verts comme le photovoltaïque. Avec les tarifs de rachats subventionnés, les producteurs d’électricité solaire font office de valeurs refuges, d’où un emballement possible des investisseurs, notamment du capital-risque ! De même, dans le BTP, les mesures issues du Grenelle de l’environnement vont susciter de très gros marchés. Ce qui est difficile en ce moment, ce sont les sorties, vu la situation des marchés boursiers. On sait bien que les ventes rapportent moins et sont plus difficiles. Mais le bon côté des choses ce sont aussi des opportunités à saisir pour les sociétés de notre portefeuille ! Notons enfin que pour les cleantech, nous sommes dans la première phase du cycle d’investissement, donc les sorties n’interviendront pas avant 3 ou 4 ans. Et si les technologies développées par les start-up sont bonnes, on trouvera toujours des industriels désireux de les exploiter.  

(Propos recueillis par PL)