Investir dans l’environnement peut-il sauver l’économie ? L’Europe hésite

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Face à la crise, les pays européens hésitent : doivent-ils ralentir les programmes en faveur de l’environnement ou au contraire les accélérer ? L’objectif de la présidence française de l’Union européenne d’arriver à un accord avant fin décembre sur la plan Climat Energie se heurte aux résistances farouches de nations comme l’Italie et surtout la Pologne. L’Union s’est fixé trois grands objectifs pour 2020 : une réduction de 20% de ses émissions de gaz à effet de serre, une part de 20% d’énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie et 20% d’économies d’énergie. Pour y parvenir, chaque pays doit réduire considérablement ses émissions de CO2, et c’est là que le bât blesse.

La mesure la plus controversée est la proposition de mettre aux enchères chaque tonne de CO2 émise par l’industrie lourde dès 2013 et de consacrer les fonds à la transition vers une énergie propre. La Pologne, dont la production d’électricité dépend à 90% de l’exploitation très polluante du charbon, trouve ce plan trop coûteux pour son économie. D’autres pays d’Europe centrale estiment également qu’en période de crise, l’environnement n’est peut-être plus la priorité et que ces mesures risquent d’affaiblir leurs entreprises.

Mais parallèlement à ces résistances, plusieurs gouvernements voient, au contraire, dans l’environnement une opportunité pour sortir de la crise économique, au premier rang desquels la France. « Il faut sortir du dilemme croissance-protection de l’environnement et démontrer que la croissance propre est une possibilité de rebond de la croissance », a récemment souligné Nicolas Sarkozy. Le projet de loi issu du Grenelle de l’environnement et surtout la loi de Finances pour 2009 prévoient des mesures qui vont soutenir des secteurs comme le bâtiment, par exemple les prêts à taux zéro pour les travaux d’amélioration de la performance énergétique des logements anciens. Et le gouvernement réfléchit à d’autres mesures pour accélérer la « croissance verte », et notamment le déploiement des énergies renouvelables, alors que l’objectif est déjà d’atteindre 23% de production d’origine renouvelable en 2020 contre moins de 10% aujourd’hui.

La Grande-Bretagne est sur la même longueur d’onde : Peter Mandelson, le nouveau secrétaire d’Etat au commerce et aux entreprises, a estimé, dans son premier discours, que le business lié à l’environnement était un élément clé pour aider le pays à traverser la crise actuelle. Il veut profiter des opportunités liées au développement d’une économie faiblement carbonée dans le monde entier et soutenir les investissements dans toutes les éco-industries en Grande-Bretagne, comme les énergies renouvelables (l’éolien est en plein développement dans le pays, notamment l’offshore) ou les véhicules électriques. Alors que le chômage augmente outre-Manche, le gouvernement compte bien favoriser l’emploi dans ces nouveaux secteurs : il met en place un fonds dédié de 98 millions de livres sterling (122 millions d’euros) pour monter des formations sur mesure adaptées à ces nouveaux secteurs « verts ». Ce qui doit permettre, selon lui, à la fois de compenser les pertes d’emplois d’autres secteurs et d’éviter un recrutement à l’étranger dans les prochaines années, faute des compétences suffisantes dans le pays.

Autre exemple, l’Allemagne, qui, prépare un catalogue de mesures ciblées destinées à soutenir les entreprises et l’emploi. L’environnement sera l’un des leviers : Berlin réfléchit à une extension de son programme de crédits bonifiés destinés aux ménages qui rénovent leur logement pour en diminuer la consommation énergétique. Parmi les autres pistes explorées, une prime pour les ménages les plus modestes qui achèteraient des réfrigérateurs économes en énergie ou encore des mesures fiscales pour l’acquisition de voitures moins polluantes.

Même en Suisse, l’idée fait son chemin. Le syndicat Travail.Suisse vient de demander la mise en place d’un grand programme national de rénovation énergétique des bâtiments pour endiguer la probable récession. Cela permettrait, selon ses estimations, de créer 16 000 emplois directs, et plus de 5 000 indirects. Et il demande aussi un effort de promotion de l’énergie solaire.

Ces orientations interviennent alors qu’au niveau international, le Programme des Nations-Unis pour l’environnement (PNUE) vient de lancer un appel pour un « green new deal », capable, selon ses promoteurs, de générer des millions d’emplois et en même temps de combattre le réchauffement climatique avec une gestion plus sensée des ressources de la planète. Pour le PNUE, les investissements dans les technologies propres et les « infrastructures naturelles » seront le principal moteur d’une croissance réelle.

Une étude de Greenpeace International, présentée en début de semaine à Berlin, montre également qu’investir dans les énergies renouvelables serait rentable au moment où la récession menace. Des investissements massifs dans les énergies renouvelables permettraient, selon l’ONG,  de faire émerger une industrie au chiffre d’affaires annuel de 360 milliards de dollars en 2030, susceptible de fournir la moitié de l’électricité mondiale et d’économiser des centaines de milliards de dollars en dépenses en pétrole. Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait tout de même investir 14 700 milliards de dollars d’ici à 2030.