Le Japon dynamise son marché des maisons « vertes »

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Malgré les positions pro-écologiques du gouvernement lors du dernier sommet du G8 à Hokkaido en juillet, le Japon est en retard sur ses engagements de Kyoto en matière de réduction des gaz à effet de serre. Les coupables ne sont pas ceux que l’on croit, l’industrie faisant plutôt figure de bon élève face au secteur résidentiel. Souvent mal isolées, équipées de climatiseurs pour l’été, soumises à des normes anti-sismiques très contraignantes, les maisons sont responsables d’émissions de gaz à effet de serre de plus en plus importantes. Entre 1990 et 2007, elles ont augmenté d’environ 30%, soit 4500 kg/an pour chaque foyer répartis en 4 postes : 27,5% pour l’air conditionné, 4% pour la cuisine, 29,5% pour l’eau chaude et 39% pour l’équipement et l’éclairage. 

Les pouvoirs publics misent sur trois technologies majeures pour réduire drastiquement ces émissions. D’abord, le photovoltaïque. Dans un pays où les prix de l’électricité sont élevés (0,164 euro/kWh en moyenne), il représente une source d’énergie particulièrement adaptée pour fournir un complément d’énergie en cas de forte demande. Le pic de demande d’électricité est enregistré l’après midi (surtout en été à cause des climatiseurs) au moment où la production des PV est à son maximum. 

Acteurs majeurs du photovoltaïque mondial, les fabricants japonais ont bénéficié d’un marché intérieur stimulé par les subventions du gouvernement pour les particuliers,. Introduites dès 1994, elles se montaient en 2002 à 1/6ème du coût du système (environ 740 euros par kW installé) avant de décroître les années suivantes. 233 000 systèmes PV ont bénéficié de ce programme entre 1994 et 2004 mais les subventions gouvernementales se sont arrêtées fin 2005, le Ministère de l’industrie et du commerce (Meti) souhaitant se tourner vers les entreprises et les bâtiments collectifs. Face aux engagements de réduction des émissions de CO2, le gouvernement souhaite aujourd’hui de nouveau subventionner l’installation de PV chez les particuliers dès 2009, avec l’objectif que 70% des maisons en construction intègrent des PV en 2020.

Le marché des systèmes PV résidentiels est aussi soutenu par deux autres facteurs : de nombreuses municipalités ont pris le relais du gouvernement pour les subventions (200 à 600 euros par kW installé) et les constructeurs immobiliers ont intégré le PV dans leurs nouvelles maisons. Deux des plus grosses entreprises du secteur, Panahome (groupe Panasonic-Matsushita) et Sekisui House ont des accords avec, respectivement, Kyocera et Sharp pour installer leurs panneaux PV. Sekisui installe désormais des panneaux solaires dans 3500 nouvelles maisons/an (d’une puissance moyenne de 4,3 kW). 

Deuxième technologie clé, la pile à combustible micro-CHP (pouvant produire de l’électricité et de l’eau chaude). Vu le coût prohibitif d’une pile à combustible, tous les programmes d’essai sont pour l’instant largement subventionnés et dirigés par les compagnies pétrolières (Osaka Gas, Tokyo Gas, Nippon Oil…) regroupés au sein de la New Energy Foundation. Depuis le début du programme en 2005, près de 2187 piles à combustible à membrane d’échange de protons PEFC ont été testées, la plupart fonctionnant au gaz naturel et ayant des puissances de 700 à 1000 Watts (construites par Ebara Ballard, Panasonic, Toshiba et Sanyo). En échange de l’installation d’une PEFC, les clients payent une partie du coût total de la pile (environ 600 euros par an) et peuvent revendre l’électricité supplémentaire à la compagnie d’électricité, mais à des tarifs moins compétitifs que celui du PV ou de l’éolien (0,04€/kWh contre 0,145€/kWh pour le PV ou l’éolien). 

Les perspectives de marché de Tokyo Gas sont de vendre des piles à combustible pour les maisons individuelles, puis les habitations et bâtiments collectifs (hôpitaux…), soit un million de clients d’ici la fin des années 2010. D’après Tokyo Gas, les prix des unités devraient aussi baisser : 7500€ en 2010, 3200€ en 2015.

Enfin, troisième technologie, les pompes à chaleur. Les améliorations successives des modèles (effet du programme « Top Runner »), l’augmentation des prix de l’énergie et des campagnes de promotion ont permis à ce marché de décoller en 2003. Particulièrement bien adaptée au climat peu rigoureux du pays et à la demande en énergie du foyer japonais, peu chère et même rentable à l’usage, la pompe à chaleur est actuellement plébiscitée par les propriétaires qui font construire de nouvelles maisons. Selon la Japan Refrigeration and Air Conditioning Industry Association, environ 1 130 000 unités ont été installées en 2007, malgré un marché de l’immobilier neuf en recul, soit 15% des conditionneurs d’air installés cette même année. L’objectif est de 5,2 millions de pompes à chaleur installées en 2010 (résidentiel et commerces compris) et 10 millions en 2020.

Les modèles installés sont généralement des pompes air/air, ayant une capacité d’eau chaude de 260 à 550 litres. Le réfrigérant utilisé est du CO2 et la machine a un cœfficient de performance minimum de 4, ce qui fait qu’un modèle peut être libellé « Eco-cute », une marque populaire originalement créée par TEPCO puis popularisée chez les différents constructeurs d’appareils. Le particulier peut recevoir du « Japan Electro-Heating Center » une subvention de 42 000 yens (260 euros) par machine installée.

Tous les grands groupes d’électronique travaillent d’arrache-pied sur ces trois technologies, à des degrés plus ou moins avancés. L’un des plus en pointe est Panasonic/Matsushita, le plus gros employeur privé au Japon, dont la stratégie vise à fournir tous les produits dans la maison. Et qui a l’habitude d’améliorer significativement les innovations technologiques de ses concurrents….

Par Matthieu Rosenberg, journaliste scientifique et correspondant GreenUnivers à Tokyo ([email protected])