Cleantech : Plus d’argent à investir que de start up

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 Les investissements du capital risque dans les cleantech sont en plein boom dans le monde entier. Mais les bons projets ne sont pas nombreux, analyse Nicolas Chaudron, partner en charge des investissements dans les cleantech au sein du fonds AGF Private Equity, à Paris. Conséquence : les prix des start up les plus convoitées grimpent. Mais si le risque de bulle est bien réel, le mouvement de fond est solide. Interview.

GreenUnivers : Les investissements dans les cleantech connaissent une progression fulgurante dans le monde. Est-ce que l’on va vers une bulle ?

Nicolas Chaudron : « Aujourd’hui, il y a plus d’argent disponible que de bons projets. Côté capital risque, la concurrence est rude pour s’emparer des bons dossiers. Du coup, on constate une inflation sur les prix des sociétés les plus convoitées et on paye parfois 10 à 15% de plus que ce qu’il faudrait pour remporter une affaire. A terme, certains investisseurs perdront peut-être de l’argent, mais je ne pense pas qu’il y ait une bulle pour l’instant car les besoins sont énormes et les marchés sont là. Et si une bulle se forme, il se passera sans doute la même chose qu’avec internet : la bulle s’est dégonflée, les mauvais projets ont disparu mais les bons sont restés et internet continue son développement. Le mouvement de fond est solide. 

GreenUnivers : Quelles sont les ambitions d’AGF Private Equity dans ce secteur ?

Nous avons réalisé notre premier investissement dans le développement durable dès 2000. Mais le marché des cleantechs n’existait pas. Nous avons ensuite continué à regarder les opportunités dans ce secteur et avons observé un décollage du marché européen seulement en 2006, date à laquelle Matthieu Baret et moi-même avons commencé à nous concentrer quasi-exclusivement aux cleantech. Nous avons réalisé deux investissements en 2007 dont un investissement dans une société allemande spécialisée dans les cellules photovoltaïques en couches minces, Odersun. D’autres opérations sont en cours. Nous visons un portefeuille de 4 à 5 sociétés européennes d’ici à la fin de l’année, dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et le traitement de la biomasse et des déchets. L’objectif étant de réaliser entre le quart et le tiers de nos investissements dans les cleantech, une montée en puissance qui se fait au détriment de secteurs comme les télécoms (hors mobiles) ou les semi-conducteurs. 

GreenUnivers : Ikea vient d’annoncer des investissements dans le solaire, Google dans la géothermie. Craignez-vous la concurrence des entreprises ?

Pour l’instant, les sommes qu’elles investissent ne sont pas très importantes. Et nous pouvons être partenaires au capital de jeunes sociétés. Je suis plus inquiet de l’intérêt nouveau des fonds souverains, essentiellement des pays du Golfe, pour notre classe d’actifs : ils préparent l’après pétrole, ont de très gros moyens, sont prêts à prendre des risques dans de jeunes sociétés et à y rester plus longtemps au capital que les fonds de private equity, ce qui peut séduire les start up en recherche de fonds. La longueur du cycle de développement des cleantech est d’ailleurs la principale difficulté pour le capital risque : notre horizon d’investissement est, en moyenne, de cinq ans alors que ces sociétés ont besoin de dix à quinze ans entre leur création et le moment où elles sont suffisamment matures pour une revente ou une introduction en Bourse.  

GreenUnivers : Côté start up, comment analysez-vous le marché européen ?

Il est très dynamique, avec clairement deux pays en pointe, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. L’Espagne bouge également, mais l’innovation y est sans doute moins forte, même si des clusters s’y développent dans le solaire. Du côté des secteurs, les énergies renouvelables se taillent la part du lion : elles représentent les deux tiers des dossiers que nous voyons passer. Dans l’efficacité énergétique, la situation est plus éparse, ce sont surtout les grands groupes industriels qui sont présents, l’émergence de start up est plus difficile.  

GreenUnivers : Et la France ?

Elle était en retard, mais le rattrapage est en train de se faire. En 2001, je voyais passer 5 à 10 dossiers par an, l’année dernière une cinquantaine. Les graines semées pendant le Grenelle, l’engagement fort des pouvoirs publics créent un environnement dynamique, qu’il faut pérenniser. La forte culture d’ingénieur du pays est aussi un atout. Mais il faut du temps : on ne crée pas une société cleantech en quelques mois comme une société internet. »

Propos recueillis par PL

(Photo : DR)